Élections fédérales en Allemagne: que disent les médias?
Au lendemain des élections législatives allemandes les médias allemands se trouvent sous le choc après un renouvellement par justesse de la chancelière Angela Merkel.

Au lendemain des élections législatives allemandes les médias allemands se trouvent sous le choc après un renouvellement par justesse de la chancelière Angela Merkel mais également et surtout une irruption du parti nationaliste AfD qui siègera pour la première fois à la chambre des députés.

Comme toujours, lorsqu’un tel bouleversement politique a lieu les médias font leur examen de connaissance comme ce fut le cas aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump, et en France avec la montée du Front National.

Cependant, le débat au niveau des médias allemands demeurent différent.

Qu’est ce qui fait la singularité des médias allemands ? 

Pas de censure

 Il serait essentiel de rappeler que la liberté d’opinion et des médias est garantie à un niveau élevé en Allemagne, c’est un acquis protégé par la Constitution.

C’est simple, la censure n’existe pas.

 Les journalistes allemands jouissent généralement de conditions de travail saines grâce à de solides garanties en matière de principes constitutionnels ainsi qu’à une justice indépendante.

Les journalistes allemands peuvent traiter librement tous les sujets. La société réagit mal aux tentatives d’influer sur la liberté de la presse.

 L’article 5 de la Loi fondamentale stipule : « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser son opinion par la parole, l‘écriture et l’image et de s’informer librement à des sources accessibles à tous.

Cinquième marché de la presse au monde

Les Allemands sont de grands lecteurs de journaux. On vend deux fois plus d'exemplaires de quotidiens et d'hebdomadaires qu'en France. 

L’Allemagne est dotée d’une presse écrite incroyablement diversifiée, dont le quotidien,Bild, vendu à deux millions d’exemplaires. 

Avec 20 hebdomadaires et des milliers de magazines ,l’Allemagne est le cinquième marché de la presse au monde derrière la Chine, l’Inde, le Japon et les Etats-Unis.

Les grands hebdomadaires comme « Die Zeit » et les quotidiens nationaux que sont le « Süddeutsche Zeitung », le « Frankfurter Allgemeine Zeitung », le « Die Welt », le « taz » et le « Handelsblatt » se distinguent par leurs recherches approfondies, leurs analyses, leurs articles de fond et leurs commentaires.

L’hebdomadaire « Spiegel »/« Spiegel Online » et le journal à sensation « Bild » sont les médias les plus souvent cités.

La Deutsche Welle, qui émet dans une trentaine de langues, est captée par une centaine de millions d’auditeurs et de téléspectateurs par semaine. Autres chaînes publiques, nationales et régionales, le ZDF et l’ARD touchent près du quart des téléspectateurs et débordent de leurs frontières. Ces deux médias bénéficient d’une réputation d’indépendance grâce à un système décentralisé par rapport au pouvoir politique tout en bénéficiant d’une des plus fortes redevances d’Europe.

La tradition journalistique allemande privilégie la lenteur, l'analyse et l'explication, loin du buzz, du live ou du culte de l’instantanéité.

Dans un souci de prévenir les fausses informations, en avril dernier l’Allemagne a décidé de rendre les réseaux sociaux responsables de ce qui y est publié. Cela dit, le Facebook et Twitter ont 24 heures pour retirer tout commentaire considéré comme violant la Constitution allemande. Dans le cas contraire, ils risquent une énorme amende de 50 millions d’euros.

"Choc" au lendemain des élections

Cauchemar", "consternation", "tournant historique" : les médias allemands rivalisaient de grands titres lundi dernier pour décrire les secousses des éléctions du dimanche marquées par une percée de la droite nationaliste.

A la une du quotidien de gauche Tageszeitung, on a pu voir un éclair s’abattre sur le Reichstag, le bâtiment qui abrite le parlement à Berlin. Le  quotidien Süddeutsche Zeitung parle d’un « recul historique » tout en estimant que la démocratie allemande est robuste.

Le journal « Der Recht-Rumms», qui évoque à la fois le coup de tonnerre et le basculement à droite. «Ce sont les fruits de la peur», écrit Tanit Koch, la rédactrice en chef. En page deux, le journal montre le visage défait d'Angela Merkel.

Enfin, le quotidien Berliner Zeitung évoque un résultat qui change l’Allemagne mais aussi l’image du pays à l’étranger

La bataille des éléctions se jouaient également sur les réseaux sociaux 

Les réseaux sociaux au cœur des éléctions

Le parti national a rapidement réalisé qu'il n'allait pas vraiment pouvoir compter sur les médias traditionnels pour succéder ses slogans et sa visuelle anti-immigration et anti-islam.

 Il a par conséquent choisi de mener campagne, en grande partie, sur internet.

C’est ainsi qu’une série de slogans et de vidéos du parti nationaliste ont largement circulé sur internet, alors qu'ils étaient assez peu visibles dans les médias classiques.

Au lendemain des élections en Allemagne, les résultats du scrutin sont au cœur des discussions sur Internet. Les mots #Bundestag, #Election, #Allemagne mais aussi #Nazis et #AFD font partie des hashtags les plus utilisés sur le réseau social Twitter.

 

 

 Par Yassari Sanae

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