Présidentielle française : une campagne 2.0 ?

Présidentielle française : une campagne 2.0 ?

Les électeurs français sont ils sensibles aux nouvelles techniques de campagnes des candidats à la présidentielle?
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Panneaux de campagne de Jean-Luc Mélanchon (crédit photo Pierre-Benoît Roux)

La télévision et la radio demeurent les deux médias traditionnels auxquels les électeurs se réfèrent en masse. 2012 est pourtant marquée par l'innovation médiatique: si la presse en ligne attire surtout les classes moyennes, les sites interactifs et les réseaux sociaux proposent des méthodes attrayantes pour mobiliser un électorat jeune et parfois peu intéressé par la politique.

La mode du « décryptage »

La télévision reste la principale source d'informations politiques des Français, touchant aussi bien les catégories aisées, les classes moyennes que les plus défavorisés. 2012 affiche cependant une nouveauté par rapport à 2007 : les audiences en prime time sur TF1 et France 3 ont baissé (elles sont passées de 5,5 millions de téléspectateurs en 2007 contre 4,3 millions en 2012) au profit des chaînes d'informations en continu telles que BFM ou Itélé. Ces chaînes de la TNT -  souvent perçues par les spécialistes des médias comme des chaînes sans points de vue  - sont particulièrement actives en cette période électorale.

Leur atout réside dans l'immédiateté de la transmission : elles diffusent en direct les meetings des candidats y compris les moins médiatisés (comme les candidats Jacques Cheminade ou Nathalie Arthaud) et requièrent ensuite l'avis d'experts pour décrypter les faits et gestes des politiques.

Cette mode du décryptage des stratégies de communication des candidats et de leurs faux pas est selon le journaliste politique Thomas Legrand, « proprement télévisuelle et radiophonique ». Elle s'est également développée grâce à l'arrivée du numérique qui «  a constitué une petite révolution dans le paysage médiatique ».  « Les cassettes et les bobinos n'existant plus aujourd'hui, le journaliste garde toutes les images polémiques des candidats sous la main, leurs discours, leurs faux pas et met en évidence leurs contradictions au moment adéquat - qui tombe souvent au moment des élections !» ajoute l'éditorialiste politique de France Inter.

Le soir, ces chaînes retransmettent en boucle les discours des « petits candidats », un moyen pour elles de « meubler » et de prendre le contre-pied de la restriction imposée par le CSA. En effet, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel,  qui se charge de faire respecter l'égalité du temps de parole entre les candidats en France, (qui a pris effet le 1er janvier 2012) n'interdit pas la retransmission des émissions. Celui-ci a d'ailleurs accordé près de 30 heures de temps de parole sur les télévisions généralistes contre 140 heures sur les télévisions d’information continue. Ce volume traduit une augmentation  de 25% par rapport à 2007.

Ce principe d'équité ne concerne pas la presse écrite, et encore moins internet qui multiplie les articles, les commentaires et les jeux à caractère politique pour mobiliser les moins de 30 ans. Et pour attirer les jeunes, tous les moyens sont bons : le site spéculatif Jevotequien2012.fr  invite l'internaute à tester  ses affinités avec les candidats, par le biais d'un quizz, et ainsi préciser son orientation politique.

Internet ou l'art de converser...

Les moyens engagés dans le numérique sont une autre grande nouveauté par rapport à 2007. Le budget internet des candidats a plus que doublé. 2 millions d’euros ont été accordés à Nicolas Sarkozy et François Hollande, 700 000 euros à François Bayrou, plus de 600 000 euros à Marine Le Pen contre, respectivement, 200 000 et 100 000 euros pour Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon.

Selon Cyril Lemieux, sociologue, Internet est pourtant loin d'être un média de masse en France « la presse en ligne faisant surtout circuler des informations au sein des élites et des classes moyennes supérieures ». Un électeur lit un article sur lemonde.fr, en parle avec ces amis et ses collègues principalement, il peut également le lire avec d'autres personnes devant l'écran. La lecture peut être collective. En ce sens, internet favorise « la conversation » entre les électeurs et plus particulièrement le « commentaire » via twitter ou facebook.

Cette nouveauté inspirée de la campagne d'Obama de 2008 a énormément libéré la parole politique notamment chez les jeunes électeurs. Aujourd'hui, les Français parlent beaucoup plus facilement de leurs orientations politiques, allant même jusqu'à s'adresser directement aux candidats sur leur compte twitter : « Vas-y François » peut-on lire sur le compte de François Hollande, ou encore « on est avec toi » sur la page facebook de Sarkozy... En France, 20 millions de Français possèdent un compte facebook et on ne dénombre pas moins de 5 millions de « tweetos ».

Twitter de gauche, Facebook de droite ?

Chaque candidat est donc visible sur ces deux réseaux sociaux les plus visités. En tête sur twitter, le candidat socialiste François Hollande, réunissait plus de 227 000 abonnés au 17 avril. Il est suivi par le centriste François Bayrou (candidat du MoDem) qui compte environ 100 000 abonnés. Celui-ci signale d'ailleurs qu'il « utilise ce compte personnellement ». En revanche, Nicolas Sarkozy avoue sur son compte – suivi par 160000 personnes– qu’il est « piloté par mon équipe de campagne ». Peu de tweets sont marqué de sa signature, NS. Jean-Luc Mélenchon (candidat du Front de Gauche) ne totalise que 54 000 abonnés.

Ceux que l'on appelle désormais des « community managers », qui font la pluie et le beau temps sur les pages sociales des candidats, ont décidé pour le président sortant de tout miser sur facebook. Sur le profil de Nicolas Sarkozy facebook.com/nicolassarkozy.fr, l'internaute peut donc suivre en direct ses déplacements via une carte de géo localisation. Le suivre dans tous ses déplacements et lors de ses « sorties» dans les marchés, usines etc… met en avant la stratégie de l'agenda du candidat de droite qui consiste à créer un buzz  médiatique autour d'un micro événement.

Cette utilisation médiatique de l'instant présent rejoint l'idée des sociologues Mc Combs et Shaw qui dit que « les médias ne disent pas ce qu'il faut penser mais disent ce à quoi il faut penser ».

Les réseaux sociaux, relais d'influence

Cette course à l'immédiateté donne ainsi l'illusion à l'électeur de participer en direct à la campagne du candidat. La prolifération des commentaires des internautes renoue avec l'idée lancée par Ségolène Royal en 2007 de la fameuse « démocratie participative ».

Il n'est pas anodin que François Bayrou tienne personnellement à écrire sur son compte twitter et que Jean-Luc Mélenchon ajoute quotidiennement des articles sur son blog à l'attention de ses électeurs.

Mais, selon Erwann Gaucher, journaliste et enseignant à l’Institut pratique du journalisme (IPJ), cette bonne volonté de se rapprocher de son électorat ne va pas encore assez loin en France : si les réseaux sociaux sont un excellent outil pour remobiliser les électeurs et organiser une communication extrêmement rapide « les candidats se contentent encore d'une utilisation vitrine de twitter ou de facebook. Les candidats disent ce qu'ils font, où ils sont mais n'engagent pas le débat et la conversation, c'est pourquoi ils apparaissent plutôt utiles pour les petits candidats un peu délaissés par les médias traditionnels car dans ce cas précis, ils n'ont pas à se battre pour obtenir un peu de temps de parole ».

A l'heure d'aujourd'hui les candidats restent « meilleurs » à la télévision dont ils maîtrisent la grammaire et les usages. Par ailleurs, les électeurs de plus de 30 ans ont besoin de voir les candidats, d'aller à leurs meetings. C'est pourquoi « les réseaux sociaux, qui attirent surtout les jeunes de moins de 30 ans sont encore loin de supplanter les médias traditionnels ».

Les « réseaux sociaux » servent surtout de relais d'influence et créent des passerelles entre différents médias. N'étant soumis à aucune régulation, les internautes partagent l'information politique comme n'importe quelle donnée. Un véritable casse-tête pour le CSA qui redoute des « fuites » avant le 22 avril...les départements d'Outre mer étant amenés à voter le 21.

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