Une nouvelle loi pour les médias tunisiens

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Le 2 octobre 2012, des journalistes se soulèvent dans les locaux du groupe de presse Dar Assabah (photo AFP)

Les medias tunisiens traversent une phase de changement, lente certes, et il est encore trop tôt pour savoir si ces changements seront positifs ou négatifs. Il apparaît cependant clairement que la relation entre le nouveau gouvernement élu en octobre 2011 et les professionnels des médias ne sont pas bonnes.

Les derniers ont combattu les premiers à coup de manifestations, grèves de la faim et peines de prison imposées ces derniers mois. Les sanctions imposées – fermeture de médias indépendants, censure, arrestations et attaques brutales sur des journalistes – ont petit à petit écarté l’illusion de voir une presse libre régner sur la Tunisie.

La liberté d'expression étouffée par le nouveau projet de constitution

C’est le parlement tunisien qui a porté le dernier coup à la presse tunisienne lorsqu’il a approuvé des amendements à un nouveau code de la presse qui restreint la liberté d'expression. Même si ces modifications ne sont pas encore mises en œuvre, de nombreux journalistes sont extrêmement inquiets de son impact sur la presse locale.

« Ce projet de loi est un sérieux retour en arrière pour la transition démocratique en Tunisie » déclare Hatem Salhi, journaliste à Radio Chambi FM. «Ce sera un coup dur pour les Tunisiens, qui ont énormément souffert de la censure et des restrictions à leur liberté d'expression sous le régime de Ben Ali. Nous demandons au Parlement tunisien de le rejeter et de respecter, protéger et appliquer les libertés chèrement acquises pour tous les Tunisiens. »

Dans une lettre adressée à l’Assemblée Constituante Tunisienne, l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch exhorte les élus de l’assemblée nationale « à réviser certains articles de l’ébauche de constitution, rendus publics le 8 août 2012 par l’Assemblée nationale constituante, et qui fragilisent les droits humains, notamment la liberté d’expression, les droits des femmes, le principe de non-discrimination et la liberté de pensée et de conscience.

L’un des articles les plus controversés du projet de loi est l’article 3 qui étouffe le thème de la censure  justifiée sous le concept d’« atteinte au sacré » sans donner une définition claire de ce qui constitue le sacré. La loi stipule que « l’Etat garantit la liberté de croyance et de la pratique religieuse et pénalise toute attaque contre le « sacré ».

Organisations de liberté de la presse et groupes médiatiques ont une approche inquiète de cet article car il provoque de la peur parmi la population et que des vues divergeantes ne devraient justifier ni emprisonnement, ni torture.

Le projet de loi viole les normes internationales relatives aux droits de l’homme et impose des restrictions illégitimes et excessives sur le droit à la liberté d'expression. Des journalistes comme Salhi disent que «le projet de loi est de nature à provoquer l'auto-censure dans la crainte de l'emprisonnement ».

De nombreux journalistes et bloggeurs se sentaient étouffés pendant les 23 ans du régime répressif du président Zine el-Abidine Ben Ali. Depuis la révolution, des réformes sont en cours, mais beaucoup sentent que le combat est loin d’avoir abouti.

Raidh Guerfelli qui milite depuis vingt ans pour apporter justice et liberté à la Tunisie explique à DCMF qu’il y a: «bien sûr, du changement. Personne ne peut faire ce que Ben Ali nous a fait. Nous n'avons pas eu droit à cette liberté, mais nous avons dû la leur prendre par la force et les combats, mais est-ce que cela veut dire que tout va bien maintenant? Absolument pas! »

La presse tunisienne est-elle en train d’être réformée ?

Sous Ben Ali, il n’y avait quasiment aucun média indépendant, mais les nominations de grands patrons de presse qui ont eu lieu en janvier, comme celle de Lotfi Touati à la tête du groupe de presse tunisien Dar Assabah, a déçu et provoqué la colère de nombreux journalistes locaux.

« Le Premier ministre a nommé Touati sans consulter ni journaliste, ni groupes de presse, ni même les membres de Dar Assabah», explique Lia Weslaty, une journaliste qui contribue à la plateforme de blogs populaires Nawaat. Des dizaines de journalistes ont fait la grève pour protester la nomination de Touati. Pour eux, ses rapports étroits avec le parti au pouvoir Ennahda, font de lui un mauvais. «D'un côté, ils parlent de faire des réformes et, de l’autre, ils nomment quelqu'un du régime de Ben Ali qui est totalement inacceptable", a-t-elle ajouté.

Zied El Helni, membre du conseil exécutif de l'Union Nationale des Journalistes Tunisiens, a également dénoncé les récentes nominations de responsables de grands groupes en raison de leurs liens avec Ennahda. « Tout cela est une grosse blague! Le gouvernement essaie de contrôler Dar Assabah en choisissant soigneusement qui ils ont mis au pouvoir. Tout cela contredit le leitmotiv de notre révolution, puisque nous avons lutté pour obtenir la liberté. » 

Le gouvernement tunisien a nié toute tentative d'étouffer la presse locale, mais cette série d'événements présente une image différente de la Tunisie. Une image un peu lugubre.

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