Des hommes armés ont abattu un journaliste pakistanais travaillant pour la version en pashto de la station de radio Voice of America alors qu'il priait dans une mosquée du nord-ouest du pays.
Mukarram Khan Aatif, un correspondant de 43 ans qui travaillait pour Deewa Radio, a été attaqué dans une mosquée près de son domicile dans la ville de Shabqadar, province de Khyber Pakhtunkhwa, à 30 kilomètres au nord de Peshawar.
Des talibans du Pakistan ont revendiqué cet assassinat.
Le groupe a confirmé sa participation lors d’une conversation téléphonique avec l'AFP et menacé d'autres journalistes de connaitre le même sort.
« Les deux assaillants sont arrivés sur une moto, ont tiré des balles sur Aatif dans la mosquée et se sont échappés. Il a reçu des blessures en pleine tête » a déclaré l'officier de police locale Zahir Shah à l'AFP.
Le chef de la police Nisar Khan Marwat a confirmé l'incident : «Aatif a été frappé à la tête et s’est précipité dans un hôpital de Peshawar. Le chef de prière a également été blessé ».
Rahim Jan, médecin-chef à l'Hôpital Lady Reading de Peshawar, a déclaré qu’Aatif avait succombé à ses blessures.
Selon le porte-parole taliban, Ehsan Ehsanullah, la milice islamiste a tué Aatif parce qu'il « travaillait pour l'armée pakistanaise et les Etats-Unis ».
« Nous l’avons averti à plusieurs reprises en lui disant de ne pas travailler pour eux, mais il a ignoré notre demande », a expliqué le porte-parole par téléphone à l'AFP depuis un lieu tenu secret. «Nous ciblons beaucoup d'autres journalistes désormais», a-t-il averti.
Les autorités locales doivent «faire plus pour protéger les journalistes »
Le siège de Voice of America à Washington a condamné le meurtre et demande que les autorités locales fasse « plus pour protéger les journalistes".
Aatif travaillait pour Radio Deewa depuis 2006.
«M. Aatif a risqué sa vie quotidiennement pour partager avec le public une information juste et neutre sur cette région difficile et nous pleurons la perte de notre collègue», a déclaré le directeur de VOA David Ensor.
« L'assassinat ciblé de M. Aatif est une manière tragique de rappeler les dangers auxquels sont confrontés nos journalistes au quotidien», a ajouté Walter Isaacson, président de l'Office américain de radiodiffusion des gouverneurs, l'organisme indépendant chargé de controler la diffusion des radios et télévisions internationales financées par le gouvernement américain.
Aatif travaillait également pour des stations de télévision locales dans les Régions tribales fédéralement administrées, une région où les talibans et Al-Qaïda sont actifs, a déclaré VOA.
Le pays le plus dangereux au monde pour les journalistes
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Pakistan était le pays le plus meurtrier pour les personnes des médias en 2011 avec au moins sept journalistes tués dans le cadre de leur travail.
Mais l’estimation du Pakistan rural Media Network (PNMR) pour le nombre de journalistes assassinés est beaucoup plus élevée. Selon leur rapport annuel reçu par le Centre de Doha pour la liberté des médias, 20 journalistes auraient été tués l'an dernier.
«Le terrorisme, l'extrémisme religieux, la violence sectaire et les conditions de sécurité au Pakistan exigent que des mesures strictes soient prises pour la sécurité des journalistes », a déclaré le rapport du PNMR. « Ils ont mis leur vie en danger pour couvrir différentes missions. »
Selon CPJ, sept journalistes ont été tués au Pakistan en 2010.




