Un journaliste accusé de complicité avec les Farc

Un journaliste accusé de complicité avec les Farc

Le parquet colombien requiert 15 ans de prison pour le journaliste Freddy Muñoz.
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Freddy Muñoz s'adresse aux journalistes, le 9 janvier 2007, après sa détention de 50 jours (photo AFP)

Un journaliste colombien de la région de Carthagène au nord de la Colombie, correspondant de la chaîne d'information latino-américaine Telesur, a été condamné à quinze ans de prison pour complicité dans des attentats commis par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), a annoncé mardi le parquet colombien.

Il devra aussi s’acquitter d’une amende de 262 248 euros, l’équivalent de 1090 fois le salaire minimum légal mensuel en Colombie. 

Freddy Muñoz, accusé d'appartenir à la rébellion marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), a été jugé coupable des délits de terrorisme par un tribunal spécialisé de la localité de Carthagène (nord).

Une enquête a démontré que le journaliste âgé de quarante-deux ans, connu au sein des Farc sous le nom de guerre de « Jorge Eliecer », avait « coordonné des actions terroristes à Carthagène ».

Décrit comme un « expert dans la fabrication d'explosifs », il est également considéré comme un proche de Gustavo Rueda alias Martin Caballero, chef d'un des fronts régionaux de la guérilla dans le nord du pays, abattu lors d'un raid militaire en 2007.

Confusions et irrégularités autour d’arrestations de journalistes colombiens

Freddy Muñoz avait été interpellé en novembre 2006 par les services secrets colombiens à l'aéroport de Bogota. Accusé d’avoir apporté un soutien logistique à un attentat perpétré par la guérilla Farc en 2002, il avait été  détenu pendant cinquante jours puis relâché faute de preuves, avant d’être à nouveau visé par un mandat d’arrêt en février 2007.

Des photos circulaient alors le montrant en fuite, entouré de rebelles Farc. Le journaliste avait dénoncé un montage et nié chercher à se dérober de la justice. Seulement, il se cachait après avoir reçu des menaces de mort par email provenant du commando paramilitaire les « Aigles noirs ».

Après son arrestation, la chaîne Telesur qui a diffusé de nombreux entretiens de guérilleros des Farc, avait récusé les accusations de terrorisme à l'encontre du journaliste, dénonçant des « montages » judiciaires.

Muñoz n’est pas le seul journaliste suspecté d’avoir collaboré avec la guérilla Farc.

Fin 2007, la police colombienne à travers le général Oscar Naranjo avait accusé William Parra, un autre collaborateur de Telesur, de complicité avec les Farc dans l’enlèvement du capitaine de police Guillermo Javier Solórzano finalement libéré en 2011. William Parra avait réalisé une interview de Solórzano pendant sa détention. 

En novembre 2007, l’organisation Reporters Sans Frontières qui avait déjà dénoncé les « irrégularités entachent la procédure engagée contre Freddy Muñoz» mettait en garde contre le problème des accusations portées contre les journalistes couvrant le conflit des Farc.

« Les accusations portées contre William Parra sont injustifiées et peuvent compromettre ses activités professionnelles et sa sécurité. Les propos du général Oscar reviennent à dire qu’un journaliste serait complice de l’événement qu’il couvre » avait déclaré RSF avant de rappeler que « la liste des professionnels des médias stigmatisés par certaines autorités colombiennes ne cesse de s’allonger et certains ont récemment dû quitter le pays sous la menace ». 

Les Farc, affaiblis, chercheraient à changer leur image dans les médias

Fondée en 1964, la rébellion des Farc, avec laquelle le Gouvernement colombien ouvre des négociations de paix en Norvège puis à Cuba, constitue la principale guérilla de Colombie et la plus ancienne d'Amérique latine. Elle est cependant affaiblie après la mort de plusieurs de ses dirigeants et ses effectifs auraient été divisés de moitié en dix ans.

L’image des Farc est très négative en Colombie et dans la presse internationale en raison des quelques centaines de milliers d'assassinats qui leur sont imputés et des dizaines d’enlèvements dont celui de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, captive pendant six ans.

Le choix de la guérilla d'inclure au dernier moment dans sa délégation une rebelle de nationalité néerlandaise, Tanja Nijmeijer, pourrait être un coup médiatique des Farc décidé à redorer leur image. Cette femme de 34 ans, qui a rejoint les rebelles dans les années 2000 après des études en Colombie, a été accusée de l'enlèvement en 2003 de trois Américains employés par une entreprise de sécurité, ce qui lui vaut d'être recherchée par la justice américaine.

« Sa participation est un coup politique vis-à-vis de l'opinion publique de l'Union européenne où avait couru l'idée que les Farc la retenait de force », a expliqué à l'AFP Ariel Avila, enquêteur auprès de l'institut Nuevo Arco Iris, spécialiste du conflit colombien. « C'est aussi une manière d'envoyer un message aux jeunes, de montrer un visage aimable », a-t-il ajouté.

Il y a quelques mois, l’enlèvement du correspondant français à Bogotá, Roméo Langlois, avait créé une nouvelle polémique relayée par la presse colombienne. 

Langlois, accusé de « sympathie » avec les Farc, avait parlé de « relations professionnelles » et tempéré l’image négative de la guérilla : « J'ai l'impression que les Farc veulent la paix, mais pas n'importe laquelle. Ils peuvent continuer à lancer du plomb pendant encore cinquante ans ». 

Depuis 2010, Les Farc font partie de la liste des prédateurs de la liberté de la presse mise en place par RSF. Selon l’organisation, ils auraient enlevé une cinquantaine de journalistes depuis 1997.

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