Hong Kong, le 4 juin 2012. Des milliers d’habitants se sont retrouvés dans le parc de Victoria, en souvenir des centaines de personnes tuées par l’armée chinoise dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 sur la grande place de Pékin. Ils ont appelé à ne jamais oublier les étudiants morts, tandis que 150.000 personnes se préparaient à une soirée de veille dans le parc de la ville.
Hong Kong c’est l’exception. Comme tous les ans, c’est la seule ville chinoise qui a pu célébrer le sinistre anniversaire de la répression du mouvement de Tiananmen. Le territoire bénéficie d’un statut de semi-autonomie et sa population peut continuer de jouir d’une liberté d’expression inconnue sur le continent.
Partout ailleurs, Tiananmen est un tabou assourdissant comme le confirme Robert Simmons journaliste et réalisateur de documentaire hollandais qui vit à Shanghai depuis 2005 pour s’occuper de relations culturelles entre la Chine et l’Europe. Si ses amis chinois acceptent de parler de Tiananmen, ils préfèrent aborder le sujet « à la campagne, ou en voiture mais pas chez eux, ni au bureau, ni dans un lieu public ».
L'anniversaire de Tiananmen reste une date sensible pour le régime communiste, et particulièrement cette année avec les luttes de pouvoir en coulisse avant le 18e congrès du parti communiste chinois (PCC) cet automne, qui verra une nouvelle génération de dirigeants accéder au pouvoir. Des centaines de militants des droits de l'Homme ont été interpellés ces derniers jours, dans une atmosphère tendue.
Les ruses médiatiques chinoises
Malgré les interdictions et menaces d’arrestation, les Chinois ont trouvé d’autres moyens de rendre hommage aux victimes.
Parvenir à évoquer le massacre sans utiliser aucun des mots censurés par le régime sur les réseaux sociaux est un défi qu’ont souhaité relever de nombreux chinois. Cette liste, publiée dans le Digital Times, contient même des symboles ou « émoticônes » comme celui de la bougie sur le site Weibo remplacé par celui de la torche olympique.
« Est-ce que supprimer le mot bougie déchirera nos souvenirs ? Les pleurs ne peuvent pas brouiller les sentiments dans nos cœurs. Ils sont toujours là, ils nous appellent depuis ce long voyage qu'ils ont entrepris. Et ils vous appellent vous aussi », a twitté @CaiZhaoming
Le Monde revient sur ces « ruses » auxquels les utilisateurs chinois ont eu recours pour braver la censure.
- Chansons : les internautes ont cité des paroles de chansons rappelant Tiananmen ou évoquant le deuil et la tristesse liées à l’évènement.
- Vêtements noirs : le site du mouvement du jasmin appelle ses lecteurs à se vêtir de noir.
Sur le site Rue 89, ont peu retrouver les photos du bloggeur chinois Zola prises le 4 juin 1989 qu’il a aussi postées sur son site et sur son compte twitter, qui ne sont pas accessibles en Chine.
Les médias internationaux rendent hommage aux victimes
Pendant que le silence des journaux chinois continuent de retentir, la presse internationale est seule à rendre hommage aux victimes du massacre. Le 3 juin, Pékin exprimait son mécontentement après un énième appel de la Washington à libérer les prisonniers survivants du printemps 1989.
Plus de deux décennies après le mouvement dont la sanglante répression par l'armée avait fait des centaines, voire des milliers de morts, la Chine considère toujours celui-ci comme une "rébellion contre-révolutionnaire" et refuse d'envisager des compensations pour les proches des victimes.
La liberté de la presse chinoise coincée entre révolution et répression
Selon Robert Simmons, pour être informé de l’actualité mieux vaut être à l’extérieur du pays ou à Hong Kong ou des journaux comme le quotidien de langue anglaise South China Morning Post parle chaque jour des maux qui frappent la société chinoise. « Les écarts se creusent entre les chinois riches des villes et les populations pauvres du monde rural. Certains craignent que cela alimente un esprit révolutionnaire » explique Simmons au Centre de Doha pour la Liberté des Médias.
Le gouvernement sait comment réagir. Censure et surtout auto-censure peuvent friser la paranoïa. « Certaines personnes refusent d’aborder certains sujets dans mon bureau de peur d’être filmés ou mis sur écoute » raconte Simmons. Mais il faut les comprendre, « si les autorités découvrent qu’ils ont utilisés les mots interdits, ils pourront être envoyés dans des camps ».
Le rapprochement avec le printemps arabe est presque inévitable. A quelques mois d’un changement de gouvernement, la Chine, sous pression, pourra-t-elle aussi s’embraser et réclamer ses droits ?
Source : DCMF avec AFP




