Le nouveau gouvernement marocain dirigé par le parti islamiste modéré Parti de la Justice et du Développement(PJD) avait promit d’engager des reformes relatives au secteur des médias en donnant la priorité aux médias audiovisuels publics.
Ainsi, Mustapha El khalfi, ministre chargé de la communication a présenté des cahiers de charges concernant le secteur de l'audiovisuel public, comportant des reformes de poids, suscitant une forte polémique au sein de la société marocaine entre partisans et opposants.
La polémique de la reforme ou la crainte d’une motivation idéologique
Dans une déclaration faite au Centre de Doha pour la Liberté des Médias, Younès Moujahid, président du Syndicat de la Presse Marocaine a vivement critiqué le processus adopté dans l’élaboration de ces cahiers de charges, considérant que ces amendements ont été marqué par une certaine ambiguïté.
Le président du Syndicat de la Presse Marocaine a également déploré l’absence d’un dialogue institutionnel visant à dégager des conclusions communes.
« Ces propositions présentent une véritable controverse, car d’une part, elles reconnaissent les principes universelles en matière médiatique, tel que l’indépendance, la qualité, la liberté des médias, et d’autre part, elles s’interfèrent d’une manière significative dans la sélection des journalistes et présentateurs ainsi que dans la grille des programmes dépassant ainsi les préroragatives de l’exécutif », a-t-il précisé.
Dans le même contexte, Abdelaziz Al Tribak, journaliste et écrivain marocain, a exprimé au Centre de Doha sa pleine récusation vis-à-vis ces cahiers de charges qui selon lui représentent une violation aux dispositions constitutionnelles, en précisant que le ministre de la communication a profité de ses pouvoirs et de son appartenance politique pour dominer les médias.
Il poursuit :« Nous nous sommes retrouvés face à un ministre qui ne s’est pas seulement contenté de prescrire et de codifier, mais il s’est également interféré dans les moindres détails de la programmation des chaines télévisées au lieu de donner plus d’importance au respect de la diversité de pensée, de la liberté de création et l’ouverture culturelle. Tout ceci a généré un vif débat au sein de la société ».
Pour sa part Khadija Bakkali, journaliste à la Radio Nationale, a déclaré au Centre de Doha pour la Liberté des Médias, que même si les propositions établies par Mustapha El Khalfi comportent quelques aspects positifs, le projet présente des dispositions visant à monopoliser la scène médiatique ce qui représente une réelle menace sur les acquis du secteur.
Les partisans de ce projet estiment que ces cahiers de charges visent à promouvoir les médias publics et précisent qu'ils ont été élaboré en conformité aves la constitution marocaine.
La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle dans la tornade
En donnant sa bénédiction inconditionnelle aux cahiers de charges, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, autorité constitutionnelle, a soulevé une énorme tornade qui a secoué les piliers de la scène des médias.
Un conflit a surgit entre le ministre de la communication et les directeurs du pole public, Faysal Lairaichi et Salim Al Cheikh, directeur de la deuxième chaine, et Samira Sitail, directrice du de l'information ce qui a mené à l’ajournement de sa mise en vigueur.
Comment cette autorité a pu approuver ces amendements sans prendre le temps d’étudier et d’examiner les diffèrentes dispositions prévues par ces cahiers de charges?
Bekkali réponds en soulignant que la précipitation avec laquelle l’autorité a donné son approbation prouve qu’ elle ne dispose pas d’ un pouvoir de décision réel. Le ministre de la communication a formulé un décret lui permettant d’ intervenir dans la mise en application des dispositions des cahiers de charges ce qui en principe fait l’objet des prérogatives de l’autorité , du parlement et de la société civile .
S’agit –t-il d’une polémique ou d’une discussion d’un projet de loi?
Younes Moujahid et plusieurs professionnels des médias pensent que les cahiers de charges étaient marqués par un certains nombre de manquements.
« Je pense que la reforme des médias ne doit pas se résumer à des cahiers de charges mais doit instaurer les conditions nécessaires au travail des journalistes dans un cadre de liberté et d’indépendance », a-t-il souligné.
Moujahid a ajouté : « la critique formulée contre ces propositions ne signifie pas nécessairement être en accord avec les directeurs des chaines publiques, cette distinction est élémentaire. Car certaines parties sont intervenues en déplorant le projet de la reforme, toutefois ils demeurent eux mêmes responsables des déboires des médias publics marocains ».
Tribak estime que la mutation des médias publics est primordiale. Des médias au service du pouvoir a des médias publics pluraliste au service de la société marocaine toute entière et non pas au service d’un gouvernement ou un d’un parti au pouvoir.
Le souverain met fin a la crise provoquée par les cahiers de charges
Pour dénouer cette crise, le roi Mohamed IV a accordé une audience au ministre de la communication, Mustapha El Khalfi en présence du chef du gouvernement Abdalilah Benkirane et Abdallah Baha, ministre d’état.
Suite à laquelle, il a été décidé de constituer une commission ministérielle présidée par Nabil Benabdellah, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme (et ancien ministre de la communication), pour reprendre le dossier en main et se pencher sur les points de la discorde.
La question qui s’impose est la suivante: le nouveau gouvernement pourra - t-il procéder à des réformes sur le paysage médiatique ou bien les contraintes demeurent -t-elles au dessus de ses prérogatives?




