Plusieurs leaders de l'opposition russe ont été l'objet de perquisition lundi, à la veille d'une grande manifestation à laquelle ils ont appelé contre le président Vladimir Poutine, a indiqué l'agence Interfax citant la police.
Les perquisitions se déroulent au domicile du blogueur anticorruption Alexeï Navalny, du leader du Front de gauche Serguei Oudaltsov et du dirigeant du mouvement Solidarité, Ilia Iachine, a précisé la police.
Navalny, un avocat de formation et bloggeur du site Rospil n’en n’est pas à sa première rencontre avec la police russe, ni à sa première manifestation. Chef de file de la contestation russe, opposant fervent du régime de Poutine, il a appelé à une élection présidentielle démocratique et transparente. Pour lui, le parti au pouvoir est le « parti des voleurs et des escrocs » .
Détenu d’abord quinze jours en décembre, puis pendant la quasi totalité du mois de mai après avoir participé à l’organisation de manifestations au moment de l’investiture de Poutine, il a déclaré à sa sortie le 30 mai que la prison ne l’empecherait pas de continuer son combat: « Si nous devons retourner en prison deux fois ou vingt-deux fois encore, nous le ferons »
L'accès au domicile de la présentatrice vedette de la télévision Xénia Sobtchak, passée à l'opposition, était bloqué par des policiers, ce qui laisse penser qu'une perquisition est également en cours, a indiqué la radio Echo de Moscou.
Une dizaine de personnes au total devraient subir une perquisition lundi a indiqué un porte-parole du Comité d'investigation à l'agence Interfax, en précisant que ces opérations étaient liées à une enquête sur une précédente manifestation, le 6 mai dernier, qui s'était terminée par « des désordres massifs ». 20.000 personnes s’étaient alors rassemblés et des heurts avaient éclaté faisant plusieurs blessés parmi les manifestants et les policiers.
La liberté des médias en baisse en Russie
La liberté des médias est l’un des enjeux de la contestation, surtout cette année qui a vu la réélection de Vladimir Poutine. Le leader en campagne avait déjà pris de nombreuses mesures pour faire taire les complaintes des médias. Les mesures prises ont aussi affecté le travail des journalistes étrangers comme cela a été le cas pour Anne Nivat expulsée du pays en février dernier.
En Russie, médias, journalistes et bloggeurs qui font connaître leur opposition au parti au pouvoir subissent toutes sortes de pression. Certains comme Navalny courent le risque de se faire emprisonner mais des punitions plus graves existent aussi. En janvier, le journaliste d’opposition Dodojon Atovulloev se faisait poignarder dans un restaurant de Moscou.
Il est impossible de parler de cas de corruption comme le fait Navalny. Mais c’est la couverture de la guerre Tchétchénie qui a été fatale à des journalistes comme Anna Politkovskakia, l’un des rares reporters russe qui couvraient encore la guerre en 2006, année où elle a été retrouvée assassinée dans son appartement moscovite. Trois ans plus tard, en juillet 2009, le corps de Natalia Estemirova, une ancienne journaliste collaboratrice de l'ONG russe Memorial de défense des droits de l'Homme était retrouvé sans vie.
S’il est impossible de marquer son opposition au leader russe dans les médias traditionnels, comme dans de nombreux pays, les médias sociaux permettent de dépasser la censure et facilitent l’organisation de grands rassemblements comme celui de demain.
Quel impact ces nouvelles perquisitions pourront-elles avoir sur la manifestation de demain?




