Parle-t-on assez des travailleurs immigrés du Qatar?

Parle-t-on assez des travailleurs immigrés du Qatar?

Human Rights Watch a sorti un rapport sur le mauvais traitement de certains travailleurs immigrés du Qatar.
article image
Al Jazeera Arabic journalist prepares his coverage of the Human Rights Watch press conference.

Une équipe de l’organisation internationale des droits de l’homme basée aux Etats-Unis Human Rights Watch (HRW) se trouvait hier à Doha pour présenter un rapport portant sur les droits des travailleurs immigrés au Qatar engagés sur des sites de construction.

L’échéance de la coupe du monde de football de 2022 approchant, les chantiers de construction se multiplient au Qatar qui doit s’équiper de nouveaux stades et d’infrastructures d’accueil. Mais HRW implore les leaders de l’émirat de répondre aux exigences internationales en matière de droits humains.

Ce document de 146 pages disponible en anglais sur internet est intitulé « Bâtir une Coupe du Monde meilleure – Protéger les travailleurs migrants au Qatar en amont de la coupe du monde de la FIFA de 2022 ». Il est le résultat d’une enquête de terrain menée entre mai et juin 2011 qui présente la vie quotidienne de travailleurs immigrés employés sur des sites de construction et/ou  à faibles revenus (principalement népalais et indiens).

Le rapport met en valeur différents abus dont ces derniers sont victimes – dettes, confiscation de passeports, logements précaires. Il inclut aussi des photos, des lettres destinées à Human Rights Watch et rédigées par des sociétés de constructions qui ont recourt à ces travailleurs immigrés et une liste de recommandations adressées à ceux qui préparent le Qatar pour la coupe du monde.

Le choix du lieu de la conférence est pour le moins ironique : le Ramada hôtel est l’un des plus vieux de Doha, au coin de Salwa Road. A quelques kilomètres de là, au bout de cette longue artère de la ville, se trouve Industrial Area, où vivent des milliers de travailleurs immigrés dans des conditions dénoncées par le rapport de HRW.

Human Rights Watch demande plus de sévérité

Selon ce rapport écrit par la chercheuse Priyanka Motaparthy, 191 travailleurs népalais sont morts en 2010 et 98 indiens, dont 45 jeunes travailleurs qui ont perdu la vie à la suite d’un arrêt cardiaque depuis le début de 2012. La chaleur serait à l’origine de ces attaques a déclaré un porte-parole de l’ambassade indienne à Doha.

Mais les chiffres officiels sont nettement moins alarmants. Un représentant du ministère du travail qatarien a en effet dit à HMR dans un courrier que « il n’y a pas eu plus de six décès de travailleurs ces trois dernières années. La raison est la chute ».

« Le Qatar a de bonnes lois » tempère Motaparthy qui a aussi expressément demandé au gouvernement de les renforcer tout en exerçant une pression sur les sociétés privées de construction afin qu’elles adoptent une meilleure attitude avec leurs employés.

Elle a adressé des recommandations au gouvernement qatarien, société privées et la FIFA, les implorant de mettre en place ces mesures le plus rapidement possible car elles « ne sont pas difficiles et réalisables à très court terme».

Pour Sarah leah Whitson, la directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, « le sentiment d’insécurité des ressortissants de ce pays » et leur peur de « ce qu’ils perdront si les travailleurs migrants obtiennent des droits » expliquent l’attitude laxiste des employeurs qui possèdent des parts dans les entreprises de construction.

Les journalistes doivent parler de ce problème

Whitson a ensuite invité les journalistes présents à diriger leurs questions vers le gouvernement qatarien, alors que Motaparthy a exprimé le désir d’une meilleure couverture médiatique de ce genre de problèmes.

« Je pense que ce problème n’a pas été couvert par la presse locale » a-t-elle déclaré au Centre de Doha pour la Liberté des Médias. « Les gens ici peuvent peut-être parler de certains sujets en toute liberté mais lorsque cela concerne la critique d’affaires d’état au Qatar, et plus particulièrement le gouvernement qatarien, les journalistes s’imposent des limites » a-t-elle ajouté.

Bien qu’il soit vrai que la presse locale ne semble pas avoir été représentée à cette conférence, la présence d’au moins quatre journalistes du réseau Al Jazeera a été remarquée.

Parmi eux se trouvait le reporter Charles Stratford qui a récemment produit un reportage sur les conditions de travail des migrants sur des sites de construction au Qatar sur les ordres de ses supérieurs : « Al Jazeera couvrira cette histoire sans restrictions, comme n’importe quel autre média international ».

Couverture médiatiques dans d’autres pays du golf

Priyanka Motaparthy se réjouit des initiatives d’Al Jazeera, présentes et passées, mais souhaite que la presse Qatarienne locale suive l’exemple d’autres pays du golf.

« Il y a beaucoup plus de débats au Kowait sur ce type de problèmes… Aux Emirats Arabes Unis, la couverture est plus mixte. Des articles paraissent dans la presse sur des grèves, des griefs de travailleurs, mais l’attention se reporte trop sur les personnes au sommet… il y a peu de journalisme d’investigation en ce qui concerne ce qu’il se passe vraiment, plus particulièrement avec les différentes sociétés concernées et les différents projets. »

Les médias peuvent aussi participer à l’amélioration des conditions de travail des travailleurs, pas seulement en informant la population sur les abus  des droits de l’homme qui se déroulent sous leurs yeux.

« Nous avons lancé une campagne de sensibilisation [au Kowait] et nous aimerions faire la même chose ici si nous en avons les moyens » a déclaré Priyanka Motaparthy avant que nous nous séparions.

Le rôle du journaliste au Qatar est peut-être de faire en sorte qu’ils y parviennent.

Traduit de l'article original anglais.

All rights reserved, Doha Centre for Media Freedom 2013

Designed and developed by Media Plus Jordan