Mohammed Bakkali, témoin de la transition tunisienne

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Mohammed Bakkali en mission à Tunis

Le journaliste Mohammed Bakkali, correspondant de la chaine Al Jazeera à Tunis, revient sur son agression du 17 septembre 2012. Pour lui, c’est un cas isolé.

 « Je m’apprêtais à couvrir la tentative d’arrestation d’un chef salafiste recherché après l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis. Des agents de police qui encerclaient la mosquée m’ont demandé de quitter les lieux.  Je me suis alors présenté et, soudain, un agent de police civile cagoulé me pousse violemment et commence à me donner des coups de matraque » raconte-t-il.

Bakkali précise que le ministre de l’intérieur Khaled Al Tarrouch ainsi que le porte parole du ministère des droits de  l’homme Samir Dilou lui ont ensuite présenté des excuses.

« Cet incident me parait un cas isolé. Cette agression ne visait pas forcement les médias et il ne s’agit pas non plus d’une politique officielle de l’état  tunisien. Je pense qu’il représente des pratiques individuelles menées par des agents de sécurité qui n’ont pas encore été imprégnés par les valeurs de la révolution.

Toutefois une sanction s’impose pour maintenir l’image du pays et afin de prévenir et réprimer la violence contre les journalistes .

Ces agressions doivent donner lieu a des enquêtes et des poursuites, la demande de justice et la lutte contre ces pratiques est une revendication importante car l’impunité ne fera qu’encourager encore plus ces dérapages».

Bakkali déplore la position du Syndicat National des Journalistes Tunisiens  qui n’ont pas exprimé leur soutien ni dénoncé ces attaques.

Une transition vers la liberté

Après la chute du régime de l’ancien chef d’état et dictateur Ben Ali, la Tunisie, qui aspire à plus de libertés, traverse une étape transitoire. Mais la transition est lente, pénible, flanquée de retours en arrières, vers une ère où la liberté d’expression était encore plus discutable.

La difficulté d’exercer le journalisme en Tunisie va bien au-delà que des accrochages avec la police.

Pour Bakkali, la vraie difficulté se manifeste à travers  des agressions menées contre des journalistes par des inconnus. Il signale que cette transition  est  profondément marquée une réelle hausse de l’insécurité.

La plupart des médias tunisiens font l’objet d’une incroyable violence et la scène médiatique s’est fragmentée en raison de l’émergence ou devrait-on dire du renforcement de différentes tendances politiques.

Liberté des médias mise à l’épreuve

Bekkali est convaincu que certains médias tunisiens ont du mal à se défaire du passé  et qu’ils demeurent toujours liés à l’ancien régime.

Avant le déclenchement de la révolution, la scène médiatique tunisienne  était tenue  d’une main de fer, les journalistes devaient choisir entre faire la propagande du président déchu et soutenir le régime, ou bien se joindre à l’opposition et risquer la prison ou l’exil.

Au delà de l’éthique du journalisme

Bien que la Tunisie bénéficie d’une certaine marge de liberté, les médias tombent parfois dans le piège de la diffamation.

Bakkali attribue cette déviance à l’absence d’une autorité de régulation chargée de définir la responsabilité des journalistes et de contrôler les médias.

Il souligne l’importance de développer une critique structurée et impartiale, indissociable de la démocratie, et qui pourrait aider à la réussite de cette transition.

Appel au dialogue

Il poursuit : « La tension croit entre le parti islamiste au pouvoir  et les journalistes tunisiens. Les journalistes tunisiens sont régulièrement accusés de dénigrer systématiquement l'action gouvernementale tandis que, les médias soupçonnent le parti islamiste de vouloir dominer le paysage médiatique.

Les organismes professionnels doivent  dissocier le politique et le syndical. Ils ne doivent pas se convertir en un parti politique d'opposition, le syndicat des journalistes tunisiens doit en l’occurrence œuvrer pour la protection des journalistes et la défense de la liberté des médias ».

Bakkali insiste sur la nécessité d’établir un dialogue entre les différents partis qui doit engager leur bonne volonté et leur détermination à résoudre leur conflit  et à trouver un compromis qui saura préserver les droits des journalistes mais aussi instaurer un état de droit ou règnera le respect de la loi.

Des agressions en série

Pendant ses dix années de carrière professionnelle, Bakkali a été victime de plusieurs agressions.

La première a eu lieu en 2009 au Maroc son pays natal.

L’accusant d’avoir porté atteinte à l’image du Maroc et d’avoir nuit aux intérêts supérieurs du pays, les autorités marocaines lui ont retiré son accréditation de correspondant de la chaine d’Al Jazeera et ont ordonné  la fermeture du  bureau d’Al Jazeera à Rabat. « Je n’arrive toujours pas à comprendre la décision du gouvernement marocain qui m’a envoyé vers l’exil », a t-il dit.

Après avoir quitté le Maroc Bakkali a travaillé comme correspondant de la chaine Al Jazeera au Soudan, où il a été agressé plusieurs fois par des membres du parti populaire soudanais.

En avril 2011, Bakkali fait l’objet d’une attaque  par des milices de Kadhafi à  la frontière tuniso- libyenne « j ai été blessé, ce n était pas très grave  mais j’ai quand même risqué ma vie ».

Il a notamment été agressé à  Sidi Bouzid en Tunisie où des inconnus ont attaqué la voiture de l’équipe d’Al Jazeera. Bakkali ne connait pas l’identité de ses agresseurs mais il a la certitude que ces derniers visaient la chaine Al Jazeera qui a acquis une mauvaise réputation auprès d’une partie de la population en raison de la couverture médiatique de la révolution.

En dépit de toutes ces agressions Bakkali s’engage à poursuivre son parcours et  affirme que toutes ces insultes et ces brutalités ne peuvent entraver sa quête de vérité.

Cet article est une traduction de la version originale arabe.

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