Les femmes photographes, ces hommes pas comme les autres

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Pour son centenaire, Nikon met sur le marché le D850, un nouvel appareil photo haut de gamme. Une sortie annoncée par une équipe de 32 ambassadeurs, tous photographes professionnels, et basés en Asie, en Océanie, au Moyen-Orient ou en Afrique. Problème : pas une seule femme parmi les ambassadeurs choisis. Au delà de la maladresse marketing, un vrai malaise. 

Lynsey Addario est une photographe de guerre américaine qui a immortalisé les conflits majeurs de ces dernières décennies, de l’Irak à l’Afghanistan en passant par la Sierra Leone et la Syrie. Récompensée d’un prestigieux prix Pulitzer, entre autres accolades pour son travail, celle qui s’adonne à la photo pour « rendre justice à l’humanité » est également ambassadrice Nikon.

Ce qui n’a pas empêché le fabricant japonais de la snober pour sa dernière campagne, exclusivement masculine, suscitant l’indignation de la photojournaliste américaine mais aussi de nombreuses de ses consoeurs, qui ont dénoncé ce parti pris sexiste sur les réseaux.

Face au bad buzz, Nikon offre une explication peu convaincante : si les femmes sont absentes de la campagne, c’est parce que ces dernières n’auraient pas répondu à l’appel. En effet, selon le fabricant japonais : « Nous apprécions le support de notre communauté de photographes pour promouvoir une meilleure participation des femmes. Cette rencontre a été organisée pour partager nos dernières innovations avec notre communauté que nous respectons et apprécions. Malheureusement, les femmes photographes que nous avions invitées n’étaient pas disponibles, et nous reconnaissons que nous ne nous sommes pas assez concentrés sur ce point. Nous tenons à remercier notre communauté pour avoir soulevé ce point et exiger de nous davantage de soutien pour le talent créatif de notre communauté de femmes photographes. Rendre possible la créativité de notre communauté est au cœur des valeurs de Nikon ».

Car si les mentalités sont à la traîne, la réalité du métier de photographe, elle, a bien changé. Fini, le temps où le métier ne se conjuguait qu’au masculin, et où les grands reportages et la couverture photographique des conflits dégageaient un parfum de danger et de testostérone. De Lynsey Addario à Kitra Cahana en passant par Camille Lepage, les femmes se sont emparés du métier; sur les traces de Catherine Leroy, l’intrépide photographe française partie couvrir la guerre du Vietnam. Mais leur présence parmi les contingents principalement masculins de photographes reste conflictuelle.

« Dangereux pour une femme »

Caroline Thirion en sait quelque chose. Après un passage par le secteur culturel, cette diplômée de l’IHECS a choisi de se consacrer uniquement à la photographie, avec une préférence pour le Congo. Quand elle ne suit pas pendant quatre mois la Légion étrangère pour mettre en images la formation des légionnaires, elle s’immerge notamment dans le quotidien des bandes de jeunes délinquants de Kinshasa. Un choix qui laisse son entourage pantois : « je sais que certaines rédactions sont frileuses quand il s’agit d’envoyer des femmes journalistes sur les zones dangereuses, mais étant indépendante, j’ai la chance d’éviter ça. Par contre, quand je parle de mon métier, ça fait souvent réagir, et on me demande si ce n’est pas trop dangereux pour une femme ».

Sous estimées

Mais la guerre des sexes se poursuit-elle en dehors des zones de front ? Oui et non. Autodidacte passionnée exerçant la photographie à titre complémentaire, Lara Herbinia se décrit en souriant comme une « capteuse de vivants », ce qui la voit faire le grand écart entre portraits de politiques et photographies de concerts. « Dans le milieu de la photo musicale, il y a quelques femmes, mais 75% d’hommes quand même. Au début, quand une nouvelle rejoint le pool de photographes aux événements, ils sont très gentils avec elle, ils la prennent pour la petite rigolote d’office. C’est quand ils réalisent que les femmes peuvent être des concurrentes de taille que ça se gâte. Au début, en concert, ils me laissaient passer devant, mais maintenant, c’est fini », sourit Lara Herbinia. Et d’ajouter, espiègle, « heureusement, je suis grande ».

 

Paris Match 

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