Le DCMF entame son plan d'appui aux médias libyens

Le DCMF entame son plan d'appui aux médias libyens

Le directeur du Centre de Doha pour la Liberté des Médias préside une délégation ayant pour mission la réhabilitation du champ médiatique de la nouvelle Libye.
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Le directeur du DCMF avec des journalistes libyens à Tripolie

Après moins d’un mois de l’expulsion des forces Kadhafi de Tripolie, la ville semble très mouvementée, garnie de drapeaux tricolores rouge, noir et vert.

La plupart des combattants sont vêtus de‘’Jeans’’et‘’T-shirt’’certains d’entre eux portent des uniformes militaires de couleurs différentes.

La guerre est finie à Tripolie, mais des combats persistent dans d’autres parties du pays comme Syrte et Bani walid. Des coups de feu s’entendent le soir à Tripolie en signe de fête ou bien juste pour s’assurer que les armes ‘’ Kalachnikovs ‘’ et ‘’RPG’’ fonctionnent toujours.

Dans les rares hôtels à cinq étoiles de Tripolie coexiste un mélange très particulier composé des responsables du Conseil national de transition, des journalistes étrangers et des personnes œuvrant dans des organismes humanitaires tous se lancent dans des discussions infinies sur l’avenir du pays.

Jan Keulen, directeur du Centre de Doha pour la Liberté des Médias préside une délégation ayant pour mission d’assurer une assistance et des sessions de formation aux journalistes de la nouvelle Libye visant la réhabilitation de son champ médiatique.

A cet effet, Keulen a fait le déplacement de Doha à Tripolie afin de rencontrer les journalistes ainsi que les représentants du Conseil national de transition dans le but de mener une étude rapprochée sur le terrain précisant les différents besoins du secteur.

Après quarante ans de dictature, il est temps de se débarrasser des journaux et des stations de radio et de télévision qui étaient de véritables tambours de la propagande Kadhafi.

Le moment est venu pour mettre un terme à la censure et au pouvoir répressif en vue d’instaurer un paysage médiatique libre et innovant. Cependant, la question qui se pose porte sur les modalités d’exécution de ce plan d’urgence.

Comme d’habitudes, les questions simples génèrent des réponses difficiles et complexes, ces réponses seront fixées par la délégation du Centre de Doha pour la Liberté des Médias après l’achèvement de leur mission d’exploration.

De nouveaux journaux et un manque de formation

Souad Salem journaliste au journal ''17 février'' nouvellement crée nous déclare ‘‘nous jouissons d’une véritable indépendance et le conseil militaire de transition n’intervient pas dans nos publications’’

Souad s’intéresse à la situation de la femme libyenne, elle estime que le journaliste ne doit pas s’aventurer dans les jeux politiques mais il doit plutôt informer l’opinion publique sur toutes les questions relatives à la vie quotidienne. Elle exprime sa grande joie du fait qu’elle a pu reprendre son activité de journaliste après une interdiction d’exercer prononcée par le régime Kadhafi en 2007.

De sa part, Idriss Messmari, journaliste et président de l’institut ‘‘Mounassama Al Aamal Assahafi’’ établit par le Conseil national de transition déclare:‘‘nous avons commencé à travailler il y 'a moins d’un mois et nous avons beaucoup à faire, notre mission consiste à assurer des formations aux journalistes afin de développer leurs compétences rédactionnelle en presse écrite’’.

Messmari a été victime d'une peine d'emprisonnement de1978 à 1988 pour ses activités dans l’ancienne fédération des écrivains libyens. Il s’agit d’un journaliste parmi tant d’autres victimes des violations commises par l’ancien régime.

Safnase, journaliste au journal du'' 17 février'', son père était général dans l’armée libyenne , il est mort lors de la guerre de Tchad.

Elle nous décrit son travail ‘’avant la révolution notre publication se focalisait sur la glorification de Kadhafi et son régime, critiquer le régime ou bien soulever le fléau de la corruption dans l’administration libyenne étaient de véritables lignes rouges’’.

Safenase et ses collègues pensent que le développement des principes démocratiques dans le milieu des médias prendra énormément de temps.’’Quant aux formations nous en avons un grand besoin, Kadhafi envoyait quelques journalistes en formation à l’étranger, en Egypte ou en région du Golfe et ce qu’après que les renseignements militaires se soient assurés de leurs appartenances politiques, sans oublier le népotisme très répandu dans la société libyenne permettent à ceux qui ont des relations sociales d’obtenir des subventions ‘‘ajoute t-elle.

Difficile d’effacer la mentalité autoritaire de l’esprit des gens

Fatima ghandour, écrivain et professeur universitaire reconnait que effacer 42ans de répression est une tache difficile. Elle annonce’’une presse de qualité doit jouir d’une liberté sinon comment pouvons nous transmettre la vérité aux gens. Le vrai problème réside dans une dictature qui a duré longtemps et qui entrave la suppression de la mentalité autoritaire ancrée dans nos esprits’’.

Cette journaliste considère que changer les mentalités et consolider la démocratie relèvent du devoir des journalistes libyens et déclare‘’nous avons besoin d’entamer un grand débat dans nos médias et une ouverture au monde extérieur s’impose. Il est vrai que internet est omniprésent dans notre quotidien mais nous ignorons beaucoup sur différents progrès, nous avons été éclipsé pendant une longue période.’’

Elle précise:''la plupart des journalistes libyens ne parlent pas anglais sinon leur anglais est très modeste car Ahmed Ibrahim, ministre de l’éducation pendant l’ère Kadhafi avait aboli l’enseignement des langues étrangères depuis les années 80, bien qu’il ait envoyé ses enfants  à de grandes écoles en Grande- Bretagne. Maitriser une langue étrangère ou parler anglais devient une nécessité pour les journalistes ainsi la réforme des médias est étroitement liée à la réforme du système éducatif, comme vous le savez l’héritage de Kadhafi sur le plan éducatif, médical et culturel est très négatif et tout devrai être reconstruit de nouveau.’’

Crise de confiance vis à vis des médias

Wajd, jeune femme de 26 ans, étudiante en journalisme annonce:’’ il nous est devenu possible de couvrir toutes les questions relatives aux droits de l’homme, de critiquer les autorités, c’est ça la démocratie. ‘’

Wajd qui rêve de célébrité telle une seconde Oprah en Libye écrit de temps en temps dans le journal du'' 17 février'' et est constamment active sur facebook. Elle exprime sa volonté de fonder une lutte pour la liberté d’expression si nécessaire dans un pays soucieux de liberté, mais dont les médias ne sont pas encore crédibles en raison de la propagande qu’ils ont subi pendant 42 ans.

Au studio des informations à la radio Libya Al Hourra (FM), le directeur des informations Hussein Al Basr nous dit’’nous sommes libres actuellement mais le milieu médiatique manque de journalistes professionnels, les fonctionnaires du conseil national de transition ne respectent pas notre travail, ne répondent pas toujours à nos questions et ne sont pas conscients de l’importance de cette profession.’’

Hussein soulève ensuite les manches de sa chemise pour nous montrer une profonde blessure sur son abdomen causée par une balle’’ j' ai survécu miraculeusement, j ai été touché à Bani Walid malheureusement je ne portais pas un gilet par balles car la presse locale n’a pas suffisamment de moyens pour se procurer ces gilets de protections alors que la couverture médiatique de la révolution demeure notre responsabilité''.

 

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