L’annonce du verdict du procès de l’ancien leader égyptien Hosni Moubarak condamné à la prison à vie n’a pas été bien accueillie par les 20.000 égyptiens qui ont pris d’assaut la place Tahrir dans la nuit de samedi à dimanche. Dans la grande ville d'Alexandrie (nord), de 4.000 à 5.000 personnes ont manifesté, tandis qu'à Ismaïliya, sur le canal de Suez, quelque 1.500 personnes s'étaient rassemblées selon des correspondants de l'AFP sur place. Des manifestations ont aussi eu lieu à Suez, à l'est du Caire, et à Port-Saïd (nord-est) d'après des témoins.
Le Verdict
L’avocat de l’ancien dictateur âgé de 84 ans et au pouvoir pendant 30 ans de 1981 jusqu’à sa chute en 2011 , a annoncé que son client ferait appel. En attendant, il a été transféré à la prison de Tora au sud de la capitale. Mais une fois arrivé à la prison de Tora, il a refusé en pleurant de quitter l'hélicoptère qui le transportait avant de finalement céder, selon une source de sécurité.
Ses deux fils Alaa et Gamal, qui comparaissaient également, n'ont pas été condamnés, les faits de corruption qui leur étaient reprochés étant prescrits.
Certains jugent le verdict trop clément et réclament la pendaison de M. Moubarak, tandis que d'autres craignent que l'acquittement des six anciens responsables de la sécurité ne soit synonyme d'impunité pour la police, largement honnie en Egypte et accusée de violations systématiques des droits de l'Homme.
En janvier dernier, le Parquet avait requis la peine capitale contre M. Moubarak, son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et les six ex-hauts responsables du ministère de l'Intérieur pour leur responsabilité dans la mort de près de 850 manifestants lors de la révolte populaire de janvier/février 2011.
La presse locale et internationale est principalement revenue sur la déception du leader et ses larmes à l’entrée de sa prison, mais aussi et surtout sur la réaction du peuple égyptien descendu dans la rue pour exprimer son mécontentement.
Les égyptiens évoquent un retour en arrière
Presse et organisations égyptiennes s’estiment avant tout peu soutenue par les institutions en place. « La justice n’a pas été servie » estime la journaliste Mona Eltahawy .
« Le verdict montre qu’ils sont d’accord pour supprimer les têtes du régime été les jeter aux chiens pour préserver le reste » a écrit Issandr el-Amrani, un journaliste spécialiste de la politique intérieure égyptiennes et blogueur du site the Arabist.
Le militant révolutionnaire Hossam el-Hamalawy pense que « ceux qui veulent voir la fin de cette révolution seront satisfaits de ces verdicts, tout comme les fonctionnaires en charge de la sécurité du pays dont les mains trempent dans notre sang ».
Le journal Egypt Independent parle d’une «transition décevante» et d’un verdict qui « se moaue de la justice ».
La presse internationale s’interroge sur l’utilité du procès Moubarak
Journalistes et correspondants internationaux qui ont fait la couverture du procès ont recueilli les témoignages des mécontents comme la correspondante du Figaro au Caire Marion Guénard
La veille, elle rappelait la dimension historique de ce procès ouvert le 3 août 2011 tout en relayant les doutes émis sur sa validité en citant Heba Morayef, responsable de l'ONG Human Rights Watch en Égypte
« S'il a marqué les esprits, le procès a été critiqué à plusieurs reprises. L'attitude du parquet, surtout, suscite les interrogations. Dans son réquisitoire en janvier dernier, le procureur général avait accusé avec virulence et emphase Hosni Moubarak, son ministre de l'Intérieur et les six policiers de haut rang d'être les «véritables instigateurs» des meurtres de la révolution en ayant autorisé clairement l'usage d'armes à feu. Pourtant, selon les avocats des familles de victimes et les défenseurs des droits de l'homme, le dossier de l'accusation est très faible et ne contient aucune preuve permettant de conclure à la culpabilité de l'ex-raïs et de ses coaccusés. Le procureur général avait d'ailleurs reconnu que le ministère de l'Intérieur et les services de renseignements avaient refusé de collaborer. «Quand le parquet a demandé les vidéos des caméras de surveillance du musée égyptien, où les combats ont été âpres entre manifestants et policiers le soir du 28 janvier 2011, les moukhabarat, les services secrets, n'ont pas pu leur fournir ces documents. Ils se sont excusés en disant que les bandes avaient été effacées par mégarde», raconte Heba Morayef, responsable de l'ONG Human Rights Watch en Égypte. »
Beaucoup ont rejoint les militants de la place Tahrir cette nuit pour relayer le mécontentement ambiant.
Le journal anglais The Guardian a parlé de réactions confuses à l’annonce du Verdict : « Mais l’euphorie initiale à l’annonce de ce verdict historique (c’est la première fois qu’un leader arabe est renversé, remis à la justice et fait prisonnier par son propre peuple) a rapidement laissé place à la confusion puis à la fureur dans les rues après la publication de tous les détails du jugement ».
Au Point on a ressenti la même confusion dans les réactions des anti-Moubarak.
Mais, toujours au Guardian, le journaliste Abdel-Rahman Hussein est plus accusateur : « L’Egypte continue de demander qui va payer pour le meurtre de nos frères et de nos sœurs ». Lle verdict « n’a apaisé personne » et plongé l’Egypte « dans un monde encore plus incertitude en pleine transition entre un régime militaire et un président élu ».
Pour leur part, Amnesty International et Human Rights Watch ont estimé que l'acquittement de six ex-hauts responsables pourrait encourager une culture d'impunité dans la police.
L’économiste et essayiste Alexandre Kateb avait il raison lorsqu’il s’interrogeait dans les colonnes du Monde en février dernier : « Un procès pour rien ? »
Réactions sur la toile : tous place Tahrir
Les Frères musulmans, première force politique d'Egypte, ont appelé à descendre en masse dans la rue. Leur candidat à la présidentielle, Mohammed Morsi, a brièvement rejoint les manifestants place Tahrir après avoir qualifié sur Twitter le verdict de « farce » et jugé qu'il fallait un nouveau procès.
«Ceux qui ont tués et torturés sont désormais libre de retourner travailler au ministère de l'Intérieur», souligne Sandmonkey, un célèbre activiste sur Twitter.
La journaliste Ramwya Rageh et correspondante d’Al Jazeera anglais a posté sur son compte twitter « le retour au chant connu : pain, paix, justice sociale ». Sans le troisième pilier, la nouvelle Egypte ne peut exister ont laissé entendre les égyptiens cette nuit
A deux semaines du deuxième tour, l’issue du procès Moubarak était très attendue. Mais la déception semble dominer dans les camps des opposants comme dans celui des pro-Moubarak.




