L’éducation médiatique : une autre vision de l’enseignement.

L’éducation médiatique : une autre vision de l’enseignement.

Magda Abu-Fadil invite les enseignants qatariens à « parler la langue de vos élèves ».
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Magda Abu-Fadil remet un certificat à la fin de la formation à une enseignante (photo de Suroor P.V / DCMF)

En arrivant à Doha, la mission de Magda Abu-Fadil ne s’annonçait pas simple : comment faire découvrir en 5 heures l’éducation médiatique à des enseignants venant de divers horizons ?

Sur la soixantaine d’enseignants invités à prendre part à cette formation, certains n’ont jamais entendu parler de l’éducation médiatique et d’autres sont loin d’être des experts des médias.

Pour décomposer ce nouveau concept au Qatar, le Centre de Doha pour la liberté des médias (DCMF) a choisi de faire appel à la journaliste libanaise et fondatrice de Media Unlimited, Magda Abu-Fadil.

L’éducation médiatique est une initiative de l’Alliance des Civilisations (UNAOC) qui vise à sensibiliser les plus jeunes sur les médias, leur fonctionnement et sur la représentation médiatique des différentes cultures et religions.

Afin de compléter la formation, un manuel adressé aux enseignants et réalisé par l’UNESCO fut distribué, l’ouvrage a servi de base de travail détaillant la méthode à acquérir pour enseigner l’éducation médiatique à l’école.

Dans le même temps Magda Abu-Fadil a développé sa propre méthodologie agrémentée de vidéos, d’images et de podcasts. Son objectif est de secouer les enseignants et pour cela elle ne prend pas de pincettes.

« Les instituteurs doivent être moins rigide et se mettre à la page concernant l’utilisation des médias. Les enfants nous ont dépassés au niveau des nouvelles technologies » me confie-t-elle entre deux sessions, même si elle admet qu’en cinq heures la tâche s’annonce difficile. « Une matinée ce n’est pas suffisant pour découvrir les média,  ils ont besoin de quelques jours, voire une semaine, pour faire un vrai cours sur l’éducation médiatique.»

En formatrice avisée, Magda a organisé son atelier en plusieurs parties : elle compte évoquer la présentation des médias, la lecture de l’information, l’utilisation des nouvelles technologies,  l’importance d’intégrer l’histoire et la géographie dans les cours, la liberté d’expression à l’école, avec un seul mot d’ordre. « Vous devez parler la langue de vos élèves ! » scande-t-elle plusieurs fois au cours de la formation.

Pour Magda c’est la clef de l’enseignement de l’éducation médiatique : «  j’essaye de dire aux enseignants « vous devez changer, être flexible,  parler la langue des enfants, ne soyez pas rigide ça ne marche plus »» explique-t-elle.

Selon elle l’évolution des mentalités passe par l’école et par le rapport que l’élève entretient avec son enseignant. « Il n’y a pas d’esprit critique dans nos sociétés donc l’éducation médiatique doit les faire agir. Dans le monde arabe, les enfants ne posent pas de question, ne sont pas curieux à cause des traditions et de la société qui les entourent» souligne-t-elle.

C’est l’une des missions de l’éducation médiatique, apprendre aux enfants à s’exprimer librement, à réfléchir, analyser, questionner tous les sujets.

L’éducation médiatique comme vecteur de démocratie et de liberté d’expression

Dans l’introduction du manuel de l’UNESCO qui a été distribué aux enseignants, l’article 19 de la déclaration des droits de l’homme qui porte sur la liberté d’expression apparait dès les premières lignes.

Plus bas, il est mentionné que l’éducation médiatique apporte les citoyens des compétences requises afin de jouir de ce droit fondamental. En d’autres termes, l’éducation médiatique doit doter les uns et les autres d’un esprit critique, et des outils qui leur permettront de s’exprimer librement et d’analyser les informations qui circulent.

« Implanter l’éducation médiatique doit faire évoluer les mentalités » insiste Magda Abu-Fadil. Elle ajoute que comprendre les médias, savoir décoder le langage de l’information et discerner les informations qui affluent de toutes parts permettra à ces jeunes élèves de faire évoluer l’environnement dans lequel ils vivent.

Cette liberté d’expression doit en premier lieu être inculquée en classe. Les enfants doivent d’abord se sentir libre de poser des questions, d’aborder tous les sujets et de converser avec leurs enseignants explique Magda Abu-Fadil.

L’éducation médiatique comme vecteur d’ouverture sur le monde

L’éducation médiatique pousse également à aller chercher l’information où qu’elle se trouve et ne pas attendre qu’elle se présente à nous c’est ce qu’a également rappelé la formatrice. Démontrant dans le même temps, qu’une recherche en langue arabe peut s’avérer difficile. Les moteurs de recherche privilégiant en majorité l’anglais ou les langues latines. 

Mais pour Magda Abu-Fadil cela ne doit pas être un handicap et suggère des sites comme yamli.com afin de faciliter la recherche en arabe sur le net. La langue arabe doit être un atout rappelle-t-elle.  

L’éducation médiatique comme vecteur d’échanges entre les enseignants et leurs élèves

Autre point important abordé par Magda : l’échange de connaissances entre l’enseignant et son élève, notamment sur les nouveaux supports que l’enseignant ne maîtrise pas souvent (Ipad, podcasts, Twitter...)

Magda l’a martelé : « mettez-vous au niveau de vos élèves et parlez leur langage ! » afin de créer une relation privilégié avec lui. Fini l’époque de l’enseignement traditionnel, où l’instituteur devait tenir le rôle de savant autoritaire, aujourd’hui l’enseignant doit être à l’écoute pour établir une relation de confiance avec ses élèves.

La relation que le professeur gagnera avec sa classe sera essentielle dans l’enseignement et surtout dans la compréhension de l’éducation médiatique. Cette relation déterminera l’intérêt des enfants dans cette nouvelle matière.

A la fin de la formation, les réactions sont enthousiastes, Nihal Azmi est assistante en langue arabe à l’école indépendante Al Falah. Elle estime que cette formation lui a ouvert de nouveaux horizons : « nous étions limités, je vais dorénavant donner plus de liberté à mes élèves pour faire des recherches, des interviews, je ne vais pas les empêcher d’aller interroger la directrice, je vais leur permettre de s’exprimer librement.»

Ahmed Douidan est également assistant en langue arabe à Al Maha Academy, selon lui enseigner l’éducation médiatique va lui permettre de créer des liens avec sa classe, il ajoute « Cet atelier nous a donné les bases du comportement à avoir avec nos élèves, les bases de la communication. Cela nous enseigne aussi à nous ouvrir sur les autres sur le monde et sur les autres cultures.»

Cet atelier organisé par DCMF en collaboration avec Media Unlimited s’est tenu les 16, 17 et 18 octobre à Doha. 

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