Deux semaines après l’élection d’un nouveau président, aboutissement d'une transition politique complexe parrainée par l'ONU depuis 2000, la Somalie est toujours en proie à de grandes violences dont les journalistes font les frais.
Quatre jours après la mort du caméraman Zakariye Mohamed Mohamud tué a bout portant le dimanche 16 septembre, trois journalistes ont perdu la vie dans un attentat suicide qui a fait dix huit morts. Le lendemain un autre journaliste était abattu par des inconnus. Au total treize journalistes ont péri depuis le début de l’année en Somalie : 2012 serait l’année la plus meurtrière pour les journalistes en Somalie selon Reporters Sans Frontières.
Des journalistes cibles d’un attentat suicide ?
La scène s’est déroulée le 20 septembre dans un nouveau restaurant fréquenté par des journalistes dans le centre de Mogadiscio, ironiquement situé en face du Théâtre national où un autre attentat avait blessé dix journalistes le 4 avril dernier et tué au moins dix personnes.
Le double attentat de jeudi soir a été perpétré par deux kamikazes qui se sont fait exploser, l'un à l'intérieur du restaurant et l'autre à l'entrée.
« Le nombre de personnes tuées (dans les explosions) est maintenant de dix-huit. Deux personnes sont décédées dans la nuit de jeudi à vendredi, et deux autres aujourd'hui (vendredi) », a déclaré à l'AFP un responsable policier somalien, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Parmi les victimes se trouvent, selon l'Union nationale des journalistes somaliens, trois journalistes : Abdirahman Yasin Ali, le directeur de Radio Hamar (« La Voix de la démocratie »), Abdisatar Daher Sabriye, directeur de l’information de Radio Mogadiscio et Liban Ali Nur, directeur de l’information de la télévision national somalienne. Cinq autres journalistes ont été blessés pendant l’attaque.
Tom Rhodes, consultant à Nairobi rattaché au bureau d’Afrique de l’Est du Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), a présenté ses condoléances « aux familles et collègues des journalistes ». Ce dernier s’est inquiété que « le massacre gratuit de journalistes continue à Mogadiscio, l’un des lieux les plus dangereux au monde pour la presse» et a appelé « le nouveau gouvernement somalien à faire de son mieux pour mettre fin à ces attaques ».
Interrogés jeudi soir par l'AFP, les insurgés islamistes Shebab, qui ont revendiqué plusieurs attentats depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio en août 2011, ont affirmé n'avoir pas « directement ordonné » le double attentat, l'attribuant à des « sympathisants » hostiles à l'intervention militaire étrangère en Somalie.
Le treizième journaliste assassiné en Somalie
Le lendemain matin de cet attentat, Hassan Youssouf Absuge, un journaliste renommé et expérimenté de Mogadiscio, a été abattu après avoir quitté les locaux de Radio Maanta, et après avoir couvert pour ce média un attentat suicide qui a fait quatorze morts dont trois journalistes jeudi soir dans un restaurant de la capitale somalienne.
« Le chef de nos programmes, M. Absuge, a été tué alors qu'il quittait la radio et qu'il venait d'effectuer une permanence de nuit », a déclaré à l'AFP Abdi Aziz Hussein, le rédacteur en chef de Radio Maanta, une radio indépendante récemment créée.
« C'est un vrai désastre, un nouveau journaliste a été tué alors que nous en sommes encore à enterrer trois de nos collègues tués dans l'attaque suicide d'hier (jeudi). Cette campagne qui vise des journalistes constitue une véritable opération nettoyage de la presse libre en Somalie », a commenté auprès de l'AFP un autre journaliste, Hanad Ali.
Ses proches ignorent la raison particulière de l'exécution de M. Absuge, « mais ils sont certains qu'il a été abattu en raison de sa profession », a déclaré son collègue M. Hussein.
Les consignes de la communauté internationale
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a encouragé le nouveau président somalien Hassan Sheikh Mohamoud à intensifier la lutte contre les islamistes shebab – qui ont tenté de l'assassiner deux jours après son élection – et contre les pirates somaliens et à combattre la corruption.
Un message que devraient répéter mercredi le Premier ministre britannique David Cameron et Hillary Clinton lors d'une conférence sur la Somalie. Selon l'ONU, deux millions de Somaliens affectés par la sécheresse et les combats incessants ont encore besoin d'une aide alimentaire, soit le quart de la population.




