Formation DCMF: 4 jours, 4 vidéos

Formation DCMF: 4 jours, 4 vidéos

Après Tripoli, DCMF forme des journalistes à Misrata
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Des stagiaires discutent les techniques de l'interview.

12 mai - Arrivée à Misrata 

Cette nuit nous sommes arrivés à Misrata à l’endroit de notre prochain atelier. La ville est située au bord de la Méditerranée à 187km à l’est de Tripoli et c’est la troisième plus grande ville du pays, un carrefour commercial sérieusement touché par la guerre. Cela fait un an que les révolutionnaires se sont débarrassés de partisans de Kadhafi après des mois de combats violents. Les marques d’obus et de mitrailleuses ont laissé des cicatrices notamment sur la rue de Tripoli, devenue un infâme passage.

Misrata jouie aujourd’hui d’une indépendance en Libye grâce à son rôle lors de la révolution et à la contribution de ces milices lors de la chute de Kadahfi (c’est à Misrata que la dépouille de l’ancien chef a été exposée en public dans un congélateur pour viande). Le nom de Misrata est également chargé de significations auprès de la communauté des correspondants étrangers car c’est dans cette ville que les 2 journalistes Tim Hetherington et Chris Hondros ont été tués.

En Libye, il y a des signes qui font penser que Misrata est un monde à part, une ville où les résidents ont commencé la reconstruction post-kadhafi bien avant le calendrier officiel. Les élections municipales se sont déroulées en février dernier, quelques mois avant les élections de l’assemblée nationale prévues en juin (l’assemblée nationale va choisir un comité pour rédiger la nouvelle constitution).

Misrata détient déjà 3 chaînes de télévisions. Ces brigades n’ont pas encore été dissoutes alors que dans le reste du pays ce genre de groupes armés relève du Ministère de la défense et font plutôt ceux qu’ils veulent.

Nous avons été reçus chaleureusement par nos invités du conseil des médias locaux au siège d’une chaine de télévision au bord de la mer. Il était tard mais plus de la moitié de nos stagiaires étaient présents pour nous accueillir. Brian nous a présenté au groupe et a mis en garde tout le monde afin de ne pas être dépassé par l’atelier vidéo : nous nous attendons à du bon travail ici. Les équipements sont excellents et les jeunes que nous avons rencontrés (plusieurs d’entre eux se sont imposés comme journalistes lors de la couverture sur le front) semblent motivés. Ils nous ont fait savoir que nous étions les premiers formateurs étrangers à Misrata.

Permettre à cette enthousiasme de contribuer à la campagne nationale de sensibilisation aux élections semblent un défi car Misrata est encore en rénovation et les habitants sont encore désireux de montrer leurs blessures de guerre. Nous espérons faire appel à un sentiment d’identité nationale qui transcendera la fierté locale car le régionalisme en Libye est l’un des plus grands obstacles afin de reconstruire la nation.

 

13 mai - Premier jour de formation

Notre second atelier en Libye etait organisé au bureau du syndicat de la presse à Misrata (MMU). MMU est une organisation qui encourage tous les journalistes de Misrata. Ils ont offert à Small World News un accueil chaleureux. Ils possèdent une grande salle de conférence plus digne d’une salle de réunion que d’un espace de formation. J’ai apris durant cet atelier que l’importance d’une chaise confortable ne doit pas être sous-estimé lors d'une longue journée de stage.

Seize journalistes et des professionnels des médias de Misrata étaient présents à l’atelier. Misrata TV, Tobacts TV, Tobacts FM, et Freedom Group ont tous envoyé des stagiaires. C’était extraordinaire de voir rassembler des journalistes de toute la ville et de les voir collaborer ensemble. A Tripoli, l’atmosphère était un peu différente, il y avait un peu plus de compétition entre les journalistes.

Nous espérions qu’en montrant le résultat du premier atelier qui s’est tenu à Tripoli cela faciliterait l’explication de l’intérêt de cet atelier et de la campagne nationale. Mais ce ne fut pas le cas. Je pense que cela a même rendu notre tâche plus difficile. Les stagiaires s’accrochaient à toutes les critiques possibles seulement une poignée donnait l’air de reconnaître l’impact ou la portée potentielle des reportages. C’est un obstacle compréhensible, il y a peu de sujets qui traitent d’eux-mêmes.

Peut-être qu’il faut juste du temps pour que la notion s’ancre dans les esprits. Plus tard dans la journée plusieurs stagiaires ont présenté des sujets assez convaincants. Je pense que la meilleure façon d’accompagner les libyens dans leur avancée vers l’unité et vers une compréhension plus large est de montrer la diversité de leur peuple. Ouvrir un espace aux Libyens afin qu’ils découvrent une réelle diversité cela pourra servir à créer des liens dans l'avenir. Alors que quand vous n’avez jamais eu un espace pour vous exprimer librement, c’est difficile de comprendre l’importance ou la pertinence de ce genre de sujets.

A la fin de la journée les stagiaires se sont divisés en groupe de six. La plupart d’entre eux sont d’organisations différentes et n’ont jamais travaillé ensemble auparavant. J’ai hâte de voir ce que les stagiaires de Misrata vont produire. Ils sont solides et dévoués, s’ils s’appliquent et croient en la valeur des sujets sur les Misratis et leur vie de tous les jours, je m’attends à ce qu’ils produisent un travail remarquable lors des 4 prochains jours.

 

14 et 15 mai - Modérer l’enthousiasme avec du professionalisme

Les stagiaires ont rendu justice à Misrata en travaillant dure, ils sont sur la bonne voie pour terminer la mission que nous leur proposons : produire 4 vidéos en 4 jours.

A la fin de notre deuxième jours passé à couvrir les bases de la réalisation les stagiaires avaient l’air satisfaits, plusieurs d’entre eux ont une expérience dans la production (lire ci-dessous) mais aucun d’eux n’a bénéficié d’une formation théorique.

La plupart des garçons (le groupe est composé uniquement d’hommes malheureusement) ont filmé durant les combats qui ont ravagé leur ville l’année dernière, ils sont devenus ainsi les bras médiatiques du soulèvement.

Certains ont travaillé comme fixer pour la presse internationale, ceux sont des amateurs mais ont parfois plus d’expérience lors de situation à risque que beaucoup de journalistes professionnels.

Bien qu’ils aient fait preuve de courage et de bonne foi dans les rôles de photographes et de caméramans (J’ai vu plusieurs photos de la dépouille de Kadhafi prise par l’un de nos stagiaires) ils donnent l’impression de ne pas avoir encore achevé la transition pour devenir des journalistes travaillant en temps de paix.

En plus de leur manque d’expérience, s’ajoute leur jeune âge et leur soif d’adrénaline. Il y a chez eux moins d'intérêt à couvrir une élection locale qu’un combat armés, ces stagiaires ont constamment envie de pimenter la situation, d’ajouter des effets spéciaux, de la musique dramatique.

Quel genre de travail vont-ils produire? Vont-ils répondre à l’appel du journalisme et à son éthique d’observateur du moins comme nous le comprenons en Occident ou alors vont-ils continuer à produire de la propagande pour leur camp, leur ville et leur Katiba (milice ou brigade) comme ils ont fait au péril de leurs vies lors de la révolution ?

Notre défi est de modérer leur enthousiasme et de leur montrer qu’il y a une satisfaction à assembler un film documentaire sur la vraie vie. Dans ce contexte nous les encourageons à défier leur propre instinct et à faire un sujet « ennuyeux » juste pour nous faire plaisir nous étrangers. Jusqu’à présent cela marche, tous les stagiaires font des projets qui se conforment à notre vision, ils font preuve de respect et de discipline (Ils sont fiers d’avoir ce genre d’attitude ici).

Misrata n’est pas traditionnellement une ville de médias, mais le champ est ouvert à ces jeunes gens.

 

16 mai - Dernier à jour de formation video à Misrata

Comme lors de notre première formation à Tripoli, nous avons également produit 4 vidéos en 4 jours à Misrata. C’était un peu plus facile avec cette équipe car ils étaient à peu près tous experimentés en réalisation, certains ont travaillé pour la télévision.

Le groupe d’Abd al Salam a réalisé un documentaire sur un agriculteur, une histoire attrayante et humaine. L’agriculteur est connu à Misrata car plusieurs membres de sa famille ont été kidnappés par les forces pro-Kadhafi puis emprisonés à Abou Salim jusqu’à leur libération. Dans le reportage, l’agriculteur est enthousiaste vis à vis des éléctions et de l’avenir de son pays.

Le deuxième reportage intitulé "entretien avec un jeune architecte et ingénieur” invite les libyens à rêver à la construction d’un avenir prospère. Mohamed Mahjoub, un jeune homme qui rêve d’améliorer les relations entre le gouvernement libyen et les medias mène le groupe. Mohamed et d’autres collègues de Misrata ont crée un service de presse à l’intérieur du Comité locale pour la Sécurité de l’Etat afin d’entretenir les relations média-autorités. Ils se rendront bientôt à Tripoli afin de conseiller le comité locale de créer un service similaire. Lors de la formation Mohamed s’éfforcait à utiliser différentes techniques afin de modifier les couleurs de ses plans, il voulait distinguer les prises des chantier au prise des interviews. Cela a été un grand moment d’enseignement; lui faire comprendre que dans l’avenir il peut filmer tout de la même couleur et que cela lui permettra d’arranger l’image plus facilement lors de la post-production.

Le troisème groupe mené par Abd al Kader avait une certaine facilité à raconter une histoire, quelques tensions ont surgi au sein du groupe. Abd al Kader s'obstinait à vouloir raconter l’histoire d’une infirmière, directrice de l’unique hôpital pour femme à Misrata. Pour ses coéquipers le processus d’assemblage devait être aussi important que le produit fini. Après des heures de travaille alors que le groupe n’avait pas terminé son premier montage, nous avons réalisé qu'ils assemblaient les images puis les éffaçaient et donc devait tout recommencer depuis le début à chaque fois.

Cette atelier est une experience très enrichissante pour un formateurs et ses futurs projets en Libye et ailleurs. D’un côté c’est génial de réaliser un documentaire à la fin de chaque atelier cela permet aux stagiaires de se sentir éfficace et découvrir leurs capacités mais la durée des formations peut porter préjudice à la valeur du travail réalisé car les stagiaires ne sont focalisés que par le produit fini et son rendu. Nous avons également réalisé qu’à la fin de la formation, seulement une ou deux personnes avaient fourni le plus gros du travail sur un groupe de trois ou quatre.

Le dernier groupe, Misrata Freedom Group est certainement le groupe le plus connu hors de Misrata et hors du pays. Ils sont jeunes et motivés par le désir de créer quelque chose d’unique qui soit different des medias traditionnels. Même si nous avions été clair au début de la formation sur l’objectif final de cet atelier; réaliser des documentaires dans le cadre d’une campagne nationale, ils n’étaient pas convaincus, ils ont plutôt réalisé un spot avec des images fortes traitant d’un révolutionnaire handicapé et de son désir d'aller voter. Avec l’utilisation d’une voix off, ce spot s’est insérer facilement avec le reste des reportages et cela a permis d’encourager les stagiaires des autres villes à se dépasser, dans le meme temps leur spot à créer un impact emotionnel. 

La formation à Misrata à été une réussite, quatre groupe de réalisateurs se sont révélés, la plupart n’avaient jamais travaillé ensemble. Durant ces quatre jours nous avons vu des amitiés et des liens se créer.

Le syndicat des journalistes de Misrata se developpe seul, j’espère qu’ils serviront d’exemple pour les autres villes libyennes.  Cela pourrait être une approche interréssante pour DCMF et Small World News; faciliter l’échange de compétences entre les médias du pays. 

Cet article a été traduit de la version originale en anglais

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