Des journalistes tunisiens parlent de leurs médias

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La journaliste Saeeda Buhilal garde le sourire malgré les problèmes que rencontrent les médias et qu'elle dénonce.

 Depuis le 14 janvier, les médias tunisiens connaissent un essor sans précédent, malgré l'élection d'un nouveau gouvernement et l'émergence d'un grand nombre de médias, certains journalistes affirment  que les médias tunisiens continuent à  subir de grandes restrictions.

D’autres pensent  que  le paysage médiatique tunisien se portent parfaitement bien et accusent les partisans de l’ancien régime d’etre derrière les troubles actuels.

 Dans une interview avec le Centre de Doha pour la Liberté des Médias des journalistes tunisiens témoignent et donnent leur avis sur le sujet.

 

Nabil Rihani, 

journaliste et producteur à Al Jazeera

La scène médiatique tunisienne est en plein essor. Il suffit de voir, dans les kiosques, le grand nombre de journaux indépendants et partisans. Cette diversité médiatique s’étend de l’extrême droite à l’extrême gauche traitant de tous les sujets.

Mais cette multiplication de nouveaux titres de presse reflète-t-elle  la bonne santé du secteur?

Je pense que non car les racines de l’ancien régime sont toujours là, sans oublier que la plupart des partis de l’opposition manquent d’expérience en matière de gouvernance.

Le gouvernement « Troïka », et particulièrement le parti Ennahda, sont accusés de vouloir dominer le paysage médiatique. Les médias, tout comme le secteur de la sécurité et de la justice, étaient un terrain propice pour les corrompus et il l’est toujours.

Le développement du pole médiatique se heurte à un certain nombre de difficultés. Le manque de clarté de la démarche du gouvernement dans le processus de la réforme des médias l’a conduit à prendre des décisions hâtives, éloignées de l’esprit et des objectifs de la révolution.

Je pense que l’évolution des médias tunisiens n’est pas une affaire politique elle n’est pas nécessairement liée à un gouvernement, c’est plutôt un assainissement du secteur qui s’impose  contre des adeptes de l’ancien régime qui continuent à combattre la révolution.

La Tunisie cherche à relier les principes de la révolution et l’état. Ceci implique une véritable maturité de la part de tous les mouvements nationaux politiques et syndicaux.

Les médias en Tunisie respirent plus de liberté. Mais cette liberté est relative et affectée par le lourd fardeau hérité de l’ancien régime.

Mahmoud Al Aaroussi, Secrétaire de rédaction au journal Al Tarik Al Jadid et président du comité des libertés au Syndicat National des Journalistes Tunisiens

Après le départ de Ben Ali le 14 janvier 2011, la  presse tunisienne s’est libérée  de la censure de son régime.

En effet, nous avons constaté un réel changement quantitatif et qualitatif qui trace les premières démarches vers une renaissance des médias tunisiens, toutefois cet espoir sera aussitôt contrarié par l’ascension du parti islamiste Ennahda au pouvoir. 

Voulant contrôler les organes de presse publics ainsi que leur ligne éditoriale, le gouvernement tunisien a remplacé de nombreux directeurs de rédaction et nommé des anciens proches du régime déchu.

Les décrets 115 et 116 relatifs à la liberté de la presse et de l’audiovisuel et le décret 41 relatif à la liberté d’accès à l’information et aux documents administratifs n’ont pas été appliqués par le gouvernement. Des dispositions législatives auraient dû prendre effet immédiatement mais il semblerait que  la réforme des médias n’est pas la première préoccupation du gouvernement.

Ce manque de clarté et cette stagnation dans la réforme des médias a donné lieu à un climat de tensions entre le gouvernement et les journalistes.

 Le Syndicat National des Journalistes Tunisiens a annoncé qu’une grève générale sera organisée le 17 octobre 2012 après l’échec des négociations avec le gouvernement. Les journalistes sont déterminés à défendre une presse libre et à mener la bataille jusqu’ à la fin.

Mohamed Ammar, Journaliste tunisien pour Al Jazeera

Les médias tunisiens sont en pleine croissance, avec  plus de 300 journaux et chaines de télévision.

Il  est rare qu’un politicien présente ses excuses. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé la semaine dernière  avec le premier ministre tunisien Hamadi Jebali qui a reconnu que son gouvernement a sous-estimé les défis de l’étape de transition. Il clair que  ses propos visent à accroitre les actions politiques auprès des électeurs.

Le gouvernement et les partis de l’opposition ne doivent pas miser sur des promesses et des slogans. Les journalistes doivent exercer pleinement leur profession, jouer leur rôle d’observateur de l’action gouvernementale surtout lorsque l’opposition parlementaire est faible.

Saida Bouhlel, Journaliste tunisienne et membre du bureau exécutif du Syndicat National des Journalistes

« Arrêtez le silence! », telle est la devise des journalistes tunisiens après la révolution de la liberté et de la dignité.

Depuis la chute du régime Ben Ali, les professionnels des médias ont poussé un soupir de soulagement et ont décidé d’affronter avec force toute personne qui tente de museler la presse.

Cette révolution a donné lieu à une multiplicité  de journaux, de magazines et de sites  internet. Seulement, les professionnels du secteur n’ont pas échappé aux différentes campagnes menées par certaines parties qui souhaitent faire des médias  une porte parole de propagande et d’endoctrinement.

Le gouvernement tunisien n’a pas manqué l’occasion pour s'accaparer des pouvoirs et exercer une main mise sur les médias, en omettant de publier les textes d’application des décrets relatifs à la liberté de la  presse et de l’audiovisuel en plus des nominations  effectuées a la tête des institutions médiatiques malgré l’opposition des journalistes.

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