DCMF, un observatoire des médias pour la "Vision 2030" du Qatar.

DCMF, un observatoire des médias pour la "Vision 2030" du Qatar.

Pour Jan Keulen, le directeur de DCMF, les médias qatariens doivent s’aligner avec la vision Qatar 2030.
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Jan Keulen à la cérémonie de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse qui s'est tenue le 1er mai à Doha.

La « Qatar Vision 2030 » reflète le caractère imaginatif et prévoyant de l’orientation politique du Qatar tandis que les citoyens et hommes d’affaires du pays  se réjouissent de l’échéance de la Coupe du monde de football en 2022.

Lorsque je suis arrivé au Qatar depuis l’Europe l’année dernière pour prendre mes fonctions de directeur du Centre de Doha pour la Liberté des Médias (DCMF), j’étais fasciné par le fait que ce pays regarde tant vers le futur. En Europe, les économies s’effondrent les unes après les autres, les gens perdent leur droits sociaux et parfois leur emploi. L’extrémisme de droite prend son envol et les médias proposent une représentation sinistre de la situation. Au Qatar, nous avons la sensation que l’avenir est en train de se construire maintenant, enveloppé d’un voile d’optimisme.

A l’image de nombreux expatriés venus habiter et travailler dans ce pays, j’étais attiré par le modèle qatarien, enraciné dans des valeurs de respect mutuel, de dialogue et de coexistence de cultures. C’est formidable de participer à ces aventures ambitieuses en utilisant ses compétences et son expérience. J’ai mis à disposition mon savoir-faire en journalisme et ma motivation pour aider une jeune génération à réaliser ses aspirations en matière de journalisme et de liberté de la presse.

On retrouve toute une symbolique dans le fait que Doha ressemble à un site entièrement en construction, avec ses quartiers et ses élégantes tours qui sortent de terre pour se rapprocher du ciel. Le Qatar semble regarder vers le futur avec une vision très claire du rôle de l’éducation, de la culture, de la science, de la santé et des services sociaux, tout en donnant de l’importance au sport et à son implication dans les affaires politiques régionales et internationales. La cité de l’éducation, Aspire, le village culturel de Katara et le travail de la Qatar Foundation sont les gages concrets de ces engagements. Je contemple, fasciné, le Qatar avancer vers son destin sans oublier d’où il vient, ses racines solides, ses traditions et sa culture religieuse.

Je n’écris pas ce texte dans l’idée de plaire, mais simplement pour expliquer ma position d’expatrié qui souhaite apporter sa contribution à un projet en lequel il croit, en tant que journaliste et en tant que directeur du Centre de Doha pour la Liberté des Médias. Depuis le début de mon séjour au Qatar, j’ai trouvé une grande source d’inspiration parmi les habitants extraordinaires de ce minuscule pays et aux ambitions, au contraire, immenses. Je suis reconnaissant de l’accueil chaleureux que nous avons reçu, et le soutien apporté par le monde des médias et ses personnalités officielles au travail du Centre de Doha pour la Liberté des Médias. Notre centre (son conseil d’administration et ses employés) est convaincu que la mise en place de médias en bonne santé, crédibles et professionnels, est aussi important que la construction d’un système éducatif de qualité pour faire face aux challenges du futur et pour garantir la pérennité du modèle de dialogue qatarien, de compréhension mutuelle et de tolérance.

Pendant mon discours prononcé à la cérémonie organisée à Doha par le centre le 1er mai pour célébrer la journée mondiale de la liberté de la presse, j’ai fait quelques remarques sur le journalisme au Qatar. Ces remarques ont été perçues comme des accusations, parfois diffamatoires, contre le journalisme qatarien. J’avais alors tenté de souligner la nuance qu’il est important d’établir entre liberté d’expression et liberté des médias, malgré leur relation interdépendance. Ces personnes qui se déclarent « auteurs » et qui n’écrivent que pour plaire au public ou à certains individus, sans vérifier ni les faits ni leurs sources,  ne peuvent participer ni à la défense de la liberté de la presse, ni au modèle de confiance mutuelle et de solidarité. En réalité, ces accusations violentes et informations « infondées », qui ne prennent pas en compte l’éthique des journalistes, desservent ce modèle qatarien unique. La liberté de la presse ne pourra fleurir que lorsqu’il y aura une culture de professionalisme journalistique et de responsabilité professionnelle. Le journalisme de qualité doit d’abord servir la vérité, sa loyauté est à ses citoyens et son essence est la vérification et l’équilibre.

Ce n’était certainement pas mon intention de condamner les médias locaux et non professionnels. Je confirme les observations que j’ai faites à mon arrivée l’année dernière lorsque j’ai dit qu’il y a de nombreux journalistes professionnels au Qatar. Le Centre de Doha pour la Liberté des Médias travaille a leur coté, mais aussi avec l’Université du Qatar et la Northwestern Université du Qatar qui préparent les futurs générations de journalistes à leur metier. Je confirme également mes observations du 1er mai : j’avais notemment mis en avant certains déséquilibres dans la pratique du journalisme de nos jours dans ce pays et que des progrès peuvent être faits. Après une année passée ici, et après avoir établi de nombreux contacts avec des journalistes locaux, j’ai remarqué, par exemple, l’absence de journalisme d’investigation et de reportage de terrain. Ces observations ne sont pas le fruit d’une recherche scientifique mais d’un suivi assidu de la presse quotidienne du Qatar.

Les journalistes du monde entier, pas seulement au Qatar, peuvent assainer des critiques mais n’apprécient pas d’en faire l’objet. Il m’arrive d’en faire partie, je l’avoue. L’une des tâches du Centre de Doha pour la Liberté des Médias et de générer des débats sur le journalisme et la liberté des médias et de participer à un dialogue constructif et à l’(auto) critique.

Le rédacteur en chef d’Al Sharq est dans son droit lorsqu’il nous interpelle pour nous demander ce que le Centre de Doha pour la Liberté des Médias est en train de faire pour relever le niveau du journalisme local.  L’un des principaux objectifs du centre est en effet de soutenir un journalisme professionnel et la liberté de la presse au Qatar. Je pense que nous revenons de loin, depuis le deuxième lancement du Centre en avril 2011. Il démarait alors de pratiquement rien. Nous avons organisations des cessions de formation sur l’utilisation d’internet comme source d’information et des médias sociaux, sur les standards internationaux du journalism. Le Centre a organisé plusieurs débats auxquels de nombreux journalistes locaux ont participé. Les employés du Centre ont participé activement à l’organisation de conférences internationales au Qatar pour parler du role des médias, comme l’Alliance des Civilisations, Interfaith Dialogue, Sureté et Protection des journalistes et plus récemment la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement).

Bien que nous soyons une organisation non gouvernementale avec un mandat régional et international, nous nous concentrons sur le Qatar. A part notre programme de formations locales (d’autres formations sont prévues), nous avons créé deux département presque exclusivement dédiés à la société qatarienne. Notre unité de sensibilisation travaille en collaboration avec la société civile qatarienne et des agences gouvernementales, et après les vacances d’été, le programme d’éducation médiatique touchera des milliers d’écoliers qatariens.

Nous sommes une jeune institution « en construction », et nous avons besoin de temps et de coopération continue avec les membres des médias Qatariens mais je suis certain que nous avons tenu nos promesses d’avril 2011 : nous focalisons nos efforts sur le Qatar sans oublier nos obligations internationales en Libye, à Gaza, en Iraq, au Soudan et ailleurs dans le monde. Nous ne négligeons pas non plus notre programme d’aide d’urgence pour apporter une assistance médicale et légale aux journalistes du monde arabe et au delà de ses frontières. Je partage l’avis du rédacteur en chef de Al Sharq : nous pouvons faire mieux et plus. Et nous nous y engageons. Des formations sur la loi et le journalisme, sur le journalisme d’investigation sont en train d’etre organisées pour les mois à venir, et nous comptons lancer une série de débats sur l’état du journalisme et des médias qatariens. A la prochaine journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai 2013, nous publierons une rapport de recherche académique qui portera sur le contenu et les qualités des médias qatariens.

Les raisons pour lesquelles nous nous intéressons autant au Qatar ne peuvent être résumée par notre conviction que la durabilité de ce centre est liée à notre proximité et nos obligations vis-à-vis des communautés locales et régionales. Il existe aussi l’envie sous-jacente de contribuer à l’accomplissement de la Vision 2030 pour le Qatar, particulièrement dans le domaine des ressources humaines et du développement social. Un environnement médiatique libre et de qualité au Qatar suppose « une pensée analytique et critique, mais aussi de la créativité et de l’innovation ». En tant que tel il est lié aux ambitions éducatives de ce pays. Comme la mise en place d’une pensée critique dans l’esprit des individus doit se faire jeune, le Centre propose un programme d’éducation médiatique qui apprend aux enfants et adolescents de comparer pusieurs sources d’information et, ainsi, de se forger leur propre opinion en fonction de différentes sources.

Un pays qui construit son avenir pour assurer une qualié de vie pour ses citoyens devrait avoir des médias de qualité « pour promouvoir la cohésion sociale », pour « promouvoir une interaction constructive » et pour renforcer le sentiment de « citoyenneté » et de « participation ». Sur le front du développement social, le rôle d’un secteur des médias à la fois libre et professionnel est évident : l’interaction ouverte d’idées et d’opinions est importante pour le développement « d’un esprit de tolérance, d’un dialogue constructif et d’une ouverture envers les autres aux niveaux nationaux et internationaux ». Je pense, pour de nombreuses raisons, que le Centre de Doha pour la Liberté des Médias est une ONG unique dont le Qatar devrait etre fier : pour sa focalisation locale, pour sa dimension internationale, son orientation optimiste et créative vers l’avenir, et oui, aussi pour le sentiment d’irritation qu’il peut causer. Mais ça fait partie de notre métier de journaliste.

 

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