« Si c’était à refaire, je le referais »

« Si c’était à refaire, je le referais »

DCMF rencontre Bocar Dieng, un journaliste qui a subi coups et menaces de mort depuis l’élection du 26 février.
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Le journaliste Bocar Dieng dans le salon où il s'est fait agresser.

 

Bocar Dieng travaille pour Walfdjri, le groupe de presse privé le plus ancien du Sénégal. Ici, tout le monde l’appelle Walf. Il habite Fatick, une petite ville de 20 000 habitants à 130 kilomètres à l’est de Dakar. Le jour de l’élection, le 26 février, il doit se rendre dans les différents bureaux de vote observer le déroulement du scrutin.  

Le soir, il devra retourner dans les bureaux et transmettre à Walf TV les résultats. Il doit aussi écrire pour le quotidien du même nom. Ils sont une cinquantaine de correspondants dans tout le Sénégal à faire le même travail.

Triche dans un bureau de vote ?

Mais il se trame quelque chose d’étrange à Fatick. Il paraitrait que quelqu’un aurait fait venir des étudiants haïtiens de Dakar pour voter. Or, cela leur est interdit et ils ne devraient pas avoir de carte d’électeur en leur possession. D’ailleurs ils ne parlent même pas la langue locale. Que font-ils ici ?

La rumeur persiste, les gens et la presse locale en parlent. « J’ai interpellé quelqu’un de la société civile qui était observateur. Je lui ai dit de bien surveiller le déroulement des votes » raconte Bocar Dieng.

Il quitte le bureau de vote dans l’après midi après avoir relayé, avec d’autres journalistes de Fatick, les interrogations de la population.

Il rentre chez lui à moto. Sur le trajet, deux femmes l’arrêtent pour lui rappeler qu’on attend beaucoup de la presse. « Vous, les journalistes, vous êtes les seuls à pouvoir nous aider à avoir des votes vraiment  transparents » lui disent les deux femmes. « Pas de problèmes, répond Bocar, de toutes les façons, on a l’information, on est en train de veiller ».

A peine arrivé chez lui, le téléphone sonne. C’est Walf. « Rien à signaler ? » lui demande le rédacteur en chef. « Le vote s’est déroulé normalement mais il y a une information persistante qui est là : c’est la présence d’étudiants haïtiens en nombre important. » leur dit-il.

Attaques physiques et menaces de mort

Chargé de vérifier l’information, Bocar se met à sa table de travail, située dans un coin deson salon, pour commencer la rédaction d’un article. C’est à ce moment là qu’entre Sitor N’dour, directeur du Centre des Oeuvres Universitaires de Dakar (COUD) et responsable local de la coalition des Forces Alliées pour la Victoire dont Abdoulaye Wade est le candidat. Ndieng lui tend la main. « Je l’ai reconnu tout de suite mais ne savais pas ce qu’il voulait de moi ».

Il est suivi de près par six nervis. « Toi tu te fous de moi c’est toi qui parle de la venue des haïtiens ? » lance-t-il à Bocar d’un ton menaçant. Le journaliste acquiesce, ouvrant ainsi les hostilités.  Sitor Ndour est le premier à lever la main sur lui. Les six autres nervis suivent le mouvement. Ils sont tous anciens lutteurs, de vrais colosses.

« Dieu merci j’ai fait des arts martiaux donc je suis parvenu à bloquer les assaillants avec des feintes du visage », raconte Bocar. Il parvient à protéger une partie de son visage, mais son œil gauche est très abimé.

L’attaque dure « entre six et dix minutes ». L’un des hommes a caché sous la manche de son pantalon « un coupe-coupe » (une machette) que Bocar Dieng doit a tout pris éviter. 

Les sept hommes finissent par s’en aller, laissant derrière eux un ordinateur et une armoire cassés pendant la bataille. Il est transporté à l’hôpital. La nuit qui suit l’attaque, ses enfants ne fermeront pas l’œil persuadés qu’ils ne reverront pas leur père en vie.

Les jours suivants, Bocar N’Dieng reçoit des menaces de mort. Mardi 28, premier coup de fil, anonyme: « toi on va te tuer, on attend le deuxième tour ». Le lendemain, la même voix l’agresse au téléphone : « c’est moi même, je te dis que je suis la pour te tuer ». Depuis, Bocar a demandé à la police de faire identifier le numéro.

L’histoire appartient légalement à la presse.

L’histoire du journaliste est très médiatisée par la presse nationale et il décide rapidement de saisir la justice. Le journaliste est soutenu par son groupe de presse, Walfdjri, et le SYNPICS (syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal) décide de se constituer partie civil.

La secrétaire générale du SYNPICS parle de l’engagement du syndicat dans l’affaire Dieng.

Sitor Ndour doit donner sa version des faits à l’Agence de Presse Sénégalaise (APS) : « il a admis qu’il est entré au domicile de Bocar Dieng, tout en niant l’avoir agressé ».

Mais pourtant, Bocar reçoit la visite de sept membres de la famille de Sitor Ndour, venus demander pardon en son nom.  Le lendemain les parents de Sitor Ndour rendent visite à la mère de Bocar pour lui des « dédommagements» qu’elle refuse à son tour.

« La bataille ne m’appartient plus, elle appartient légalement à la presse» a déclaré Bocar Ndieng qui ne s’inquiète plus de son sort. « Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose ».

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